Un radar te flashe à 92 km/h. Il n'a pourtant pas pu mesurer ta vitesse « à cet instant » : mesurer une vitesse, c'est diviser une distance par une durée, et à un instant précis la durée est nulle.
On ne peut pas diviser par zéro. Comment une vitesse instantanée peut-elle alors exister ?
La sortie est la suivante : au lieu de calculer sur une durée nulle, on calcule sur une durée de plus en plus petite — un dixième de seconde, un centième, un millième — et on regarde vers quel nombre le résultat se dirige. Ce nombre-là existe, même si le calcul « à durée nulle » n'existe pas.
Ce nombre s'appelle le nombre dérivé, et il se note f′(x0).
Sur un graphique, il a une lecture très simple : c'est la pente de la tangente à la courbe au point considéré. Une pente positive, la courbe monte ; une pente négative, elle descend ; une pente nulle, elle est au sommet ou au creux.
C'est de cette lecture que vient toute l'utilité du chapitre — et c'est aussi elle qu'il ne faut jamais perdre de vue derrière les formules de calcul.
📖 Vocabulaire clé
Taux de variation:Le taux de variation de f entre x0 et x0+h est le quotient hf(x0+h)−f(x0). Il mesure la pente moyenne de la courbe sur cet intervalle.
Nombre dérivé:Le nombre dérivé de f en x0, noté f′(x0), est la limite du taux de variation quand h→0. C'est un nombre réel : la pente de la tangente en ce point.
Fonction dérivée:La fonction dérivéef′ est la fonction qui à tout x associe f′(x). Elle donne la pente de la tangente en chaque point de la courbe.
Tangente:La tangente à la courbe de f en x0 est la droite d'équation y=f′(x0)(x−x0)+f(x0). Elle "effleure" la courbe en ce point.
📋 Règles de dérivation usuelles
1Fonction constante : si f(x)=k alors f′(x)=0.
2Fonction puissance : si f(x)=xn alors f′(x)=n⋅xn−1. Exemple : (x3)′=3x2.
3Combinaisons linéaires : (af+bg)′=af′+bg′ (linéarité). Exemple : f(x)=3x2+5x−2⇒f′(x)=6x+5.
4Produit de deux fonctions : (uv)′=u′v+uv′. Exemple : pour g(x)=x2ex, on pose u=x2 (u′=2x) et v=ex (v′=ex), donc g′(x)=2xex+x2ex=(2x+x2)ex.
5Composée avec l'exponentielle : si u est une fonction dérivable, (eu)′=u′⋅eu. Exemple : pour u(x)=2x (u′=2), (e2x)′=2e2x.
✅ Exemple résolu
Énoncé : Soit f(x)=2x3−5x2+4x−1. Déterminer f′(x), puis l'équation de la tangente à la courbe en x0=1.
Démarche :
On dérive terme à terme : f′(x)=2×3x2−5×2x+4=6x2−10x+4.
On calcule f′(1)=6×1−10×1+4=0 et f(1)=2−5+4−1=0.
L'équation de la tangente est y=f′(1)(x−1)+f(1)=0×(x−1)+0=0.
Réponse : La tangente en x0=1 est la droite y=0 (l'axe des abscisses). Le point (1;0) est un extremum local car f′(1)=0.
📐 Formules clés
(xn)′=n⋅xn−1
(axn)′=a⋅n⋅xn−1
(ex)′=ex
(lnx)′=x1
(sinx)′=cosx, (cosx)′=−sinx
(uv)′=u′v+uv′ (produit)
(eu)′=u′⋅eu (composée avec l'exponentielle)
🎨 Illustrations
Tangente et extremum
Lire une tangente horizontale sur la courbe de f
La courbe de f(x)=2x3−5x2+4x−1 (l'exemple du cours) calculée point par point entre x=−0,3 et x=1,8.
En x0=1, la tangente est horizontale : elle est confondue avec l'axe des abscisses, car f′(1)=0 et f(1)=0.
1Le calcul donne f′(x)=6x2−10x+4, donc f′(1)=6−10+4=0 : la pente de la tangente est nulle, la tangente est horizontale.
2Comme f(1)=0 également, la tangente horizontale est ici confondue avec l'axe des abscisses — le trait en tirets superposé à l'axe matérialise cette tangente.
3En étudiant le signe de f′, on montre que x=1 est un minimum local : f′ est négative juste avant (entre x=32 et 1) et positive juste après.
4Il existe un second point où f′(x)=0, en x=32 (un maximum local, f(2/3)=271≈0,04) — non détaillé dans l'exemple du cours, mais visible sur la courbe comme un léger palier juste avant x=1.
Ce qu'il faut lire : Repère d'abord le point où la courbe s'aplatit (la tangente devient horizontale) : c'est là que f′(x0)=0. Le signe de f′ avant et après ce point indique s'il s'agit d'un minimum ou d'un maximum local.
Courbe de f(x)=2x3−5x2+4x−1 et tangente horizontale au point (1;0), extremum local de l'exemple du cours.
D'où vient la tangente
La sécante bascule, et devient tangente
Le nombre dérivé n'apparaît pas par magie : c'est la limite d'une pente que l'on sait déjà calculer. Sur la courbe de f(x)=x2, on relie le point A(1;1) à un second point B que l'on fait glisser vers A.
À chaque fois, la pente de la sécante (AB) se calcule sans aucune notion nouvelle : c'est hf(1+h)−f(1).
1Pour h=1,5 (point B d'abscisse 2,5) : la pente vaut 1,5f(2,5)−f(1)=1,56,25−1=3,5.
2Pour h=0,8 : 0,83,24−1=2,8. Pour h=0,3 : 0,31,69−1=2,3.
3Les pentes obtenues, 3,5 puis 2,8 puis 2,3, se rapprochent de 2. Ce nombre 2 est la limite : c'est f′(1).
4Le calcul le confirme : f′(x)=2x, donc f′(1)=2. La tangente est bien la droite limite des sécantes.
Ce qu'il faut lire : Suis les trois droites en tirets du haut vers le bas : chacune est un peu moins redressée que la précédente. Elles ne se rapprochent pas de n'importe quoi — elles s'appuient toutes sur A et convergent vers une seule droite, celle tracée en trait plein. C'est pour cela que la dérivée se définit par une limite : sans le passage à la limite, on n'aurait qu'une pente moyenne de plus.
Sécantes de pentes 3,5, 2,8 et 2,3 à la courbe de f(x)=x2, convergeant vers la tangente en A(1;1) de pente f′(1)=2.
Le malentendu fondateur
Le nombre dérivé se lit comme une pente
L'erreur qui coûte l'année entière consiste à voir f′(a) comme « le résultat d'une formule » et non comme un coefficient directeur. Les trois tangentes ci-dessous sont tracées sur la même courbe, à la même échelle : leur inclinaison se mesure au carreau, et elle donne f′(a) sans aucun calcul.
1La fonction est f(x)=−0,5x2+3x, donc f′(x)=−x+3.
2En a=1 : f′(1)=2. La tangente monte, et de 2 carreaux quand elle en avance 1.
3En a=3 : f′(3)=0. La tangente est horizontale : la courbe est à son maximum.
4En a=5 : f′(5)=−2. La tangente descend, de 2 carreaux pour 1 vers la droite.
5Le signe de f′(a) n'est donc pas une convention à retenir : c'est ce que fait la tangente, montrée trois fois sur la même courbe.
Ce qu'il faut lire : Choisis une des trois tangentes, pose ton doigt sur le point rond, avance d'un carreau vers la droite et compte combien de carreaux tu montes ou tu descends pour rester sur la droite. Le nombre que tu comptes est f′(a). Si tu descends, tu comptes en négatif : c'est toute la signification du signe.
Trois tangentes à la courbe de f(x)=−0,5x2+3x, de pentes f′(1)=2, f′(3)=0 et f′(5)=−2.
À quoi sert le signe
Le signe de la dérivée pilote les variations
C'est l'usage principal de la dérivée en première, et la raison pour laquelle on l'étudie. On ne regarde plus la valeur de f′, seulement son signe : là où f′ est positive, f monte ; là où elle est négative, f descend.
Les deux points où f′ s'annule sont exactement les deux endroits où la courbe change de sens.
1La fonction est f(x)=3x3−x2−3x+4, donc f′(x)=x2−2x−3=(x−3)(x+1).
2f′ s'annule en x=−1 et en x=3 : ce sont les deux abscisses des tangentes horizontales.
3Entre −1 et 3, le produit (x−3)(x+1) est négatif (un facteur positif, un négatif) : f y descend.
4À l'extérieur, les deux facteurs ont le même signe, donc f′ est positive : f y monte.
5On obtient ainsi les variations de f sans calculer une seule image : seul le signe de f′ a servi.
Ce qu'il faut lire : Fais glisser ton doigt sur la courbe de la gauche vers la droite, et regarde en même temps la bande du dessous. Tant qu'elle porte un +, ta main monte. Dès qu'elle porte un −, ta main descend. Les deux traits verticaux marquent l'instant exact où tu changes de sens, et c'est là que la tangente est horizontale.
Variations de f(x)=3x3−x2−3x+4 et signe de f′(x)=(x−3)(x+1), qui s'annule en −1 et en 3.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
N'oublie pas que la dérivée est une fonction, pas un nombre.
✅ La suggestion
f′(x)=6x+5 est une fonction.
Pour avoir la valeur de la dérivée en x=2, on calcule f′(2)=6×2+5=17.
💡 À retenir
La dérivée f′(x0) est la pente de la tangente à la courbe en x0 : c'est un nombre.
La fonction dérivée f′ est une fonction : elle associe à chaque x la pente de la tangente en ce point.