On te propose un travail d'été de 25 jours, payé selon l'une de ces deux formules, à toi de choisir.
Formule A : 100 € le premier jour, puis 100 € de plus chaque jour que la veille.
Formule B : 1 centime le premier jour, puis le double de la veille chaque jour.
La formule B a l'air ridicule, et elle l'est longtemps. Au bout de dix jours, elle ne t'a rapporté que 10,23 € en tout, pendant que la formule A t'en a versé 5500.
Puis quelque chose bascule. Au dix-neuvième jour, la formule B te verse 2621,44 € pour cette seule journée, contre 1900 € à la formule A : elle vient de passer devant. Trois jours plus tard, c'est son total qui dépasse celui de la formule A. Et au vingt-cinquième jour, la formule B a rapporté plus de 335000 € quand la formule A en est à 32500.
Ce renversement n'est pas une curiosité de calcul : c'est toute la différence entre ajouter chaque fois la même chose et multiplier chaque fois par la même chose. Les deux formules avancent régulièrement, mais pas du tout de la même manière — et rien dans les premiers jours ne permet de le deviner.
Ce chapitre te donne de quoi trancher un tel choix sans écrire les vingt-cinq lignes : reconnaître laquelle des deux régularités on a sous les yeux, calculer directement le versement d'un jour donné, et additionner tous les versements d'un coup.
📖 Vocabulaire clé
Suite arithmétique:Une suite (un) est arithmétique de raison r si un+1=un+r pour tout n. La différence entre deux termes consécutifs est constante.
Suite géométrique:Une suite (un) est géométrique de raison q si un+1=un×q pour tout n (avec u0=0). Le quotient entre deux termes consécutifs est constant.
Raison:La raison est le nombre qui caractérise la régularité : r=un+1−un (arithmétique) ou q=un+1/un (géométrique).
Terme général:Le terme général donne un directement en fonction de n : un=u0+nr (arithmétique) ou un=u0×qn (géométrique).
📋 Méthode
1Identifier la nature de la suite : si un+1−un est constant, elle est arithmétique ; si un+1/un est constant, elle est géométrique.
Teste toujours les différences d'abord, puis les quotients.
2Suite arithmétique (raison r) : un=u0+n×r. Terme suivant = terme précédent +r (variation constante).
3Suite géométrique (raison q) : un=u0×qn. Terme suivant = terme précédent ×q (taux de variation constant).
4Sommer les premiers termes : compte d'abord les termes — de u0 à un, il y en a n+1.
Puis S=2(u0+un)(n+1) pour une arithmétique, S=u0×1−q1−qn+1 pour une géométrique.
Exemple : pour un=2×3n, la somme u0+u1+u2+u3 compte 4 termes : S=2×1−31−34=2×−2−80=80.
Vérification terme à terme : 2+6+18+54=80.
✅ Exemple résolu
Énoncé : Un capital de 1000 € est placé à un taux annuel de 3% à intérêts composés. Exprimer le capital Cn après n années et calculer C5.
Démarche :
Chaque année, le capital est multiplié par 1,03 : c'est une suite géométrique de raison q=1,03 et de premier terme C0=1000.
Terme général : Cn=C0×qn=1000×1,03n.
C5=1000×1,035=1000×1,15927…≈1159,27 €.
Réponse : Après 5 ans, le capital vaut environ 1159,27 €. La suite (Cn) est géométrique de raison 1,03.
📐 Formules clés
unarith=u0+n⋅r
ungeˊom=u0×qn
Snarith=2(u0+un)(n+1)
Sngeˊom=u0×1−q1−qn+1 (si q=1)
🎨 Illustrations
Nuage de points (n;un)
Même point de départ, deux croissances : un=2+3n contre un=2×3n
Reprise de deux exemples déjà utilisés dans le quiz du module : une suite arithmétique u0=2, r=3 (dont on a vérifié u5=17) et une suite géométrique u0=2, q=3 (dont on a vérifié u3=54).
Les deux nuages sont tracés côte à côte, avec des échelles verticales différentes : à l'échelle de la suite géométrique, la suite arithmétique serait totalement écrasée contre l'axe.
1Suite arithmétique un=2+3n : 2,5,8,11,14,17 pour n=0 à 5. Chaque terme ajoute 3 au précédent — la pente du nuage de points est constante.
2Suite géométrique un=2×3n : 2,6,18,54,162,486 pour n=0 à 5. Chaque terme multiplie le précédent par 3 — l'écart entre deux termes grossit lui-même à chaque étape.
3Sur 5 pas, l'arithmétique est multipliée par 8,5 (soit 17/2) alors que la géométrique est multipliée par 243 (soit 486/2=35) : c'est la signature d'une croissance exponentielle.
Ce qu'il faut lire : Les deux suites partent du même u0=2 et utilisent le même nombre 3 (comme raison r ou comme raison q) — pourtant leurs profils sont radicalement différents : alignement régulier de points sur une droite (arithmétique) contre courbe qui s'envole (géométrique).
Sur un même graphique à échelle unique, les 6 points de la suite arithmétique seraient quasiment collés à l'axe des abscisses tant 486 écrase 17 : c'est pourquoi les deux nuages utilisent des échelles verticales différentes.
Comparaison à u0=2 identique : un=2+3n (gauche) contre un=2×3n (droite), pour n=0 à 5.
Le décalage qui fausse les sommes
De u0 à u5, il y a six termes et cinq pas
C'est l'erreur la plus coûteuse du chapitre, parce qu'elle ne se voit pas : elle ne fait pas échouer le calcul, elle donne un résultat presque juste.
Le rang compte les pas effectués depuis le départ ; la somme, elle, compte les termes. Or il y a toujours un terme de plus que de pas, parce que le premier terme est là avant qu'aucun pas n'ait été fait.
1Les six ronds sont les termes u0, u1, u2, u3, u4 et u5 : ils se comptent en commençant à zéro, ce qui est toute la source du décalage.
2Les cinq traits du bas sont les passages d'un terme au suivant. Chacun ajoute une fois la raison r — d'où u5=u0+5r, avec bien un 5.
3Dans la formule de somme S=2(u0+un)(n+1), le facteur n+1 n'est donc pas une correction arbitraire : c'est le nombre de ronds.
4Vérification sur un=2+3n : les six termes sont 2,5,8,11,14,17, de somme 57, et la formule donne 2(2+17)×6=57. Avec un facteur 5 au lieu de 6, on aurait obtenu 47,5 — un nombre plausible, et faux.
5Le même décalage vaut pour une suite qui commence à u1 : de u1 à un, il y a alors n termes. Ce qui compte n'est jamais le rang seul, mais l'écart des rangs augmenté de un.
Ce qu'il faut lire : Compte les ronds à voix haute, puis compte les traits. Tu trouves six d'un côté et cinq de l'autre, et pourtant tu as parcouru la même ligne. C'est ce léger décalage qu'il faut avoir en tête chaque fois qu'une somme apparaît : demande-toi toujours si le nombre que tu écris compte des ronds ou des traits.
Les termes u0 à u5 : six termes séparés par cinq pas, d'où le facteur n+1 dans la formule de somme.
Décroître sans jamais s'annuler
Une raison entre 0 et 1 : la suite diminue toujours et n'atteint jamais zéro
Quand la raison q vaut 21, chaque terme est la moitié du précédent. La suite diminue donc à chaque étape — mais diviser par deux ne donne jamais zéro, aussi longtemps qu'on recommence.
C'est ce que dit le cours à propos de la demi-vie : il reste toujours quelque chose, en théorie.
1La suite est un=64×(21)n, donc u0=64, u1=32, u2=16, et ainsi de suite jusqu'à u7=0,5.
2Le quotient de deux barres consécutives vaut toujours 21 : c'est bien une suite géométrique, même si elle décroît.
3Une raison peut donc être plus petite que 1 sans être négative : 0<q<1 donne une suite qui diminue, et c'est le cas de toute décroissance radioactive.
4Les dernières barres sont très basses, mais aucune n'est nulle : la moitié d'un nombre strictement positif reste strictement positive, à chaque étape, sans exception.
5C'est pourquoi on dit que la suite tend vers0 sans l'atteindre. Le mot « tend vers » sera défini précisément en terminale ; ici, la figure en montre déjà le sens.
Ce qu'il faut lire : Parcours les barres de la gauche vers la droite et regarde à chaque fois de combien la hauteur a diminué : la chute est énorme au début, minuscule à la fin. Cherche maintenant la première barre de hauteur nulle : il n'y en a pas. La suite s'approche de la ligne autant qu'on veut, mais elle ne s'y pose jamais.
Suite géométrique un=64×(21)n : chaque terme vaut la moitié du précédent et reste strictement positif.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
Confondre le rang et le nombre de termes est l'erreur la plus fréquente.
✅ La suggestion
u0,u1,…,un contient n+1 termes (pas n).
Pour la demi-vie : après k demi-vies, il reste N0×(1/2)k — c'est un exposant k, pas k−1 !
💡 À retenir
Arithmétique : on ajoute toujours la même quantité r. Formule : un=u0+nr.
Géométrique : on multiplie toujours par le même facteur q. Formule : un=u0×qn.
De u0 à un, il y a n+1 termes (piège classique : ne pas confondre rang et nombre de termes).
Les sommes utilisent des formules spécifiques : ne jamais additionner terme par terme si n est grand !
🔬 Application physique-chimie
Où cette notion est-elle utilisée ?
Décroissance radioactive (suite géométrique), intérêts composés, signal numérique