🔬 Application physique-chimie : Travail d'une force W=F⋅d, puissance P=F⋅v
Tu sais additionner deux vecteurs, et tu sais en multiplier un par un nombre. Mais peux-tu multiplier deux vecteurs entre eux ?
La question n'a rien d'artificiel. Un traîneau est tiré par une corde oblique : la force ne pointe pas dans la direction du déplacement, et pourtant elle le fait avancer. De combien ? Une partie seulement de cette force sert à avancer, l'autre tire vers le haut et ne sert à rien. Comment séparer les deux ?
Autre impasse, purement géométrique cette fois : deux rues partent d'un même carrefour, tu connais les coordonnées de leurs extrémités, et tu voudrais savoir si elles sont perpendiculaires. Avec les seuls outils de seconde, tu n'as aucun moyen de trancher sans sortir un rapporteur.
Ces deux questions — quelle part d'une force travaille, et quel angle font deux directions — n'en font qu'une. Le produit scalaire y répond d'un seul calcul, et il rend un nombre, jamais un vecteur.
📖 Vocabulaire clé
Produit scalaire:Le produit scalaire de u et v est le nombre réel u⋅v=∥u∥×∥v∥×cosθ. C'est un scalaire (nombre), jamais un vecteur.
Norme d'un vecteur:La norme de u(x;y) est ∥u∥=x2+y2. On la retrouve via ∥u∥2=u⋅u.
Orthogonalité:Deux vecteurs u et v sont orthogonaux (u⊥v) si et seulement si u⋅v=0. C'est le critère algébrique de la perpendicularité.
Travail d'une force:Le travail d'une force F sur un déplacement d est W=F⋅d=Fdcosθ. Il peut être positif (moteur), nul (perpendiculaire) ou négatif (résistant).
📋 Méthode
1Définition angulaire : u⋅v=∥u∥×∥v∥×cos(θ).
2Définition par coordonnées : si u(x1,y1) et v(x2,y2), alors u⋅v=x1x2+y1y2.
Énoncé : Soit u(3;−1) et v(2;6). Calculer u⋅v, puis déterminer si les vecteurs sont orthogonaux.
Démarche :
u⋅v=x1x2+y1y2=3×2+(−1)×6=6−6=0.
Puisque u⋅v=0, les vecteurs sont orthogonaux : u⊥v.
Vérification géométrique : ∥u∥=10, ∥v∥=40, cosθ=0/(1040)=0 donc θ=90°.
Réponse :u⋅v=0 : les vecteurs u(3;−1) et v(2;6) sont bien orthogonaux.
📐 Formules clés
u⋅v=∥u∥⋅∥v∥⋅cosθ
u⋅v=x1x2+y1y2
W=F⋅d=Fdcosθ (travail d'une force)
u⊥v⇔u⋅v=0
🎨 Illustrations
Deux vecteurs orthogonaux
Le produit scalaire de u et v (exemple du cours) : une projection nulle
Les vecteurs u(3;−1) et v(2;6) (exemple du cours) sont tracés depuis l'origine O.
Le petit carré en O marque l'angle droit entre eux ; le cercle en pointillés autour de O représente la projection orthogonale de u sur v, réduite au point O.
1u⋅v=x1x2+y1y2=3×2+(−1)×6=6−6=0 : le produit scalaire est nul, donc u⊥v.
2Le projeté orthogonal de u sur la droite portée par v est le point H tel que OH=∥v∥2u⋅vv=400v=0 : H coïncide avec O, c'est le cercle en pointillés.
3Vérification géométrique du cours : ∥u∥=10, ∥v∥=40, donc cosθ=10×400=0 et θ=90°.
4Une projection nulle est la signature géométrique de l'orthogonalité : c'est le cas particulier où le « pied » de la projection remonte jusqu'à l'origine du vecteur projeté.
Ce qu'il faut lire : Le carré à angle droit en O et le cercle en pointillés se lisent ensemble : la projection de u sur v n'a littéralement aucune longueur, car les deux vecteurs sont perpendiculaires.
Vecteurs u(3;−1) et v(2;6) (exemple du cours) : orthogonaux, donc de projection nulle l'un sur l'autre.
Ce que le produit scalaire mesure
La projection orthogonale, la vraie définition du produit scalaire
Le schéma d'ouverture du chapitre montre une projection nulle, parce que les deux vecteurs y sont perpendiculaires. C'est le cas particulier, pas le cas général : on ne voit pas ce qui est projeté.
Ici, u(−2;6) et v(4;3) ne sont pas perpendiculaires. Le point H est l'ombre de la pointe de u sur la droite portée par v, et c'est la longueur OH qui fait tout le produit scalaire.
1Le calcul par les coordonnées donne u⋅v=(−2)×4+6×3=−8+18=10.
2La norme de v vaut ∥v∥=42+32=25=5 : c'est le triangle 3-4-5, donc une longueur exacte.
3Le pied de la projection est H(1,6;1,2), et la longueur OH vaut exactement 2.
4On retrouve alors le produit scalaire comme un simple produit de deux longueurs : OH×∥v∥=2×5=10. C'est la même valeur que par les coordonnées.
5Le produit scalaire ne mesure donc rien d'autre que ceci : la longueur de l'ombre de u sur v, multipliée par la longueur de v.
Ce qu'il faut lire : Suis le trait qui descend de la pointe de u : il tombe à angle droit sur la droite de v, et c'est cet angle droit qui définit la projection. Le morceau qui va de l'origine jusqu'au pied est tout ce que v « voit » de u. Le reste de u, la partie perpendiculaire, ne compte pour rien dans le produit scalaire.
Projection orthogonale de u(−2;6) sur la direction de v(4;3) : OH=2, ∥v∥=5, et u⋅v=2×5=10.
Ce que dit le signe
Le signe du produit scalaire, lu sur la projection
Une règle apprise par cœur — « positif si l'angle est aigu, négatif s'il est obtus » — ne se retient pas, parce qu'elle ne s'appuie sur rien.
Les trois dessins ci-dessous ont la même longueur de u, la même longueur de v, et la même origine. Seul l'angle change. Regarde où tombe le pied de la projection : c'est lui, et lui seul, qui donne le signe.
1Dans les trois dessins, ∥u∥ et ∥v∥ sont identiques : les longueurs ne changent jamais, seul l'angle change.
2À gauche, l'angle vaut 35° : cos(35°)>0, le pied tombe du même côté que v, et u⋅v>0.
3Au milieu, l'angle vaut 90° : cos(90°)=0, le pied remonte jusqu'à l'origine, et u⋅v=0. C'est exactement le critère d'orthogonalité.
4À droite, l'angle vaut 140° : cos(140°)<0, le pied passe de l'autre côté de l'origine, et u⋅v<0.
5En physique, c'est la même lecture : une force qui tire vers l'avant travaille positivement, une force de frottement, qui tire vers l'arrière, travaille négativement.
Ce qu'il faut lire : Ne regarde ni les flèches ni l'angle : regarde uniquement le gros point, le pied de la projection. S'il est du côté de v, le produit scalaire est positif. S'il est sur l'origine, il est nul. S'il est de l'autre côté, il est négatif. Tu n'as aucune règle à retenir — il suffit de voir de quel côté tombe l'ombre.
Même ∥u∥ et même ∥v∥, trois angles : le pied de la projection passe à droite, sur l'origine, puis à gauche — et le produit scalaire change de signe avec lui.
Pourquoi les deux formules se valent
Deux chemins, un seul nombre
Beaucoup d'élèves traversent le chapitre en croyant à deux produits scalaires : « celui avec les coordonnées » et « celui avec le cosinus ». Ils appliquent l'un ou l'autre selon ce que l'énoncé leur donne, sans savoir que c'est le même objet.
Sur un seul couple de vecteurs, u(3;4) et v(8;6), les deux chemins sont parcourus jusqu'au bout. Ils aboutissent au même nombre, et ce n'est pas une coïncidence : c'est un théorème.
1Par les coordonnées : u⋅v=3×8+4×6=24+24=48.
2Les deux normes sont exactes, car ce sont des triangles 3-4-5 : ∥u∥=9+16=5 et ∥v∥=64+36=10.
3On en déduit cosθ=5×1048=0,96, ce qui correspond à un angle d'environ 16,3° — les deux vecteurs pointent effectivement dans des directions voisines.
4Par la formule angulaire : ∥u∥×∥v∥×cosθ=5×10×0,96=48. Le même nombre, au chiffre près.
5On choisit donc la formule d'après ce que l'énoncé donne : des coordonnées, ou des normes et un angle. Jamais d'après le résultat souhaité, puisqu'il est le même.
Ce qu'il faut lire : Lis les deux encadrés l'un après l'autre. Le premier n'utilise que les quatre coordonnées, le second n'utilise que deux longueurs et un angle : ils ne partagent aucun nombre de départ, et pourtant ils finissent tous les deux sur 48. C'est ce qui autorise à passer librement d'une écriture à l'autre, par exemple pour trouver un angle quand on ne connaît que des coordonnées.
Pour u(3;4) et v(8;6) : 3×8+4×6=48 et 5×10×0,96=48 — les deux formules du cours donnent le même produit scalaire.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
Le produit scalaire est un nombre (scalaire), pas un vecteur : u⋅v∈R.
Il peut être négatif (angle obtus), nul (vecteurs orthogonaux) ou positif (angle aigu).
Un travail négatif signifie que la force s'oppose au déplacement (force de frottement par exemple).
💡 À retenir
Le produit scalaire est un nombre réel (jamais un vecteur). Il peut être positif, négatif ou nul.
Deux formules : ∥u∥∥v∥cosθ (angulaire) et x1x2+y1y2 (coordonnées).
Test d'orthogonalité : u⊥v⇔u⋅v=0.
En physique : W=F⋅d. Travail nul si force perpendiculaire au déplacement.
🔬 Application physique-chimie
Où cette notion est-elle utilisée ?
Travail d'une force W=F⋅d, puissance P=F⋅v