Un institut publie un sondage : « 52% des Français pensent que… ». En bas de page, en petits caractères : échantillon de 1000 personnes.
Mille personnes pour soixante-sept millions d'habitants. Une personne sur soixante-sept mille.
Comment peut-on sérieusement prétendre savoir quelque chose du pays entier ?
L'objection est légitime, et pourtant la méthode fonctionne. Pense à une marmite de soupe : pour savoir si elle est assez salée, une cuillère suffit — à condition d'avoir bien remué. Et voici ce qui surprend : que la marmite contienne deux litres ou deux cents, la cuillère nécessaire est la même.
C'est exactement ce qui se passe ici. La précision d'un sondage ne dépend pas de la taille de la population, mais seulement du nombre de personnes interrogées. C'est pour cela que presque tous les sondages que tu verras portent sur environ mille personnes, qu'il s'agisse d'une ville ou d'un pays.
Reste à savoir avec quelle précision, et c'est là que ce chapitre devient utile : il te donne de quoi calculer une marge d'erreur, encadrer la vraie proportion, et surtout comprendre ce que signifie vraiment le « 95% de confiance » que les instituts annoncent sans jamais l'expliquer.
📖 Vocabulaire clé
Échantillon:Sous-groupe de taille n tiré au hasard dans une population. Il doit être représentatif pour que les résultats soient fiables.
Fréquence observée:f=neffectif du caracteˋre : proportion mesurée dans l'échantillon. Elle fluctue d'un échantillon à l'autre.
Intervalle de confiance:Plage [f−e;f+e] qui contient la vraie proportion p avec un niveau de confiance donné (ici 95%).
Marge d'erreur:e=n1 (approximation au niveau 95%). Plus n est grand, plus e est petit.
📋 Construire un intervalle de confiance (niveau 95%)
1Calculer la fréquence observée f=neffectif dans l'échantillon de taille n. Exemple :120 personnes sur 400 sont favorables → f=400120=0,3.
2Calculer la marge d'erreur e=n1. Exemple :e=4001=201=0,05.
3L'intervalle de confiance est [f−n1;f+n1]. Exemple :[0,3−0,05;0,3+0,05]=[0,25;0,35].
4Interpréter : on est sûr à 95% que la vraie proportion p est dans cet intervalle. Exemple : La vraie proportion de personnes favorables est entre 25% et 35% avec 95% de confiance.
✅ Exemple résolu
Énoncé : Un sondage interroge n=900 personnes. 540 sont satisfaites d'un produit. Construire l'intervalle de confiance à 95% pour la proportion de satisfaits.
Démarche :
Fréquence observée : f=900540=0,6.
Marge d'erreur : e=9001=301≈0,033.
Intervalle de confiance : [0,6−0,033;0,6+0,033]=[0,567;0,633].
Réponse : On peut affirmer, avec 95% de confiance, que la vraie proportion de satisfaits est comprise entre 56,7% et 63,3%.
📐 Formules clés
Iconf=[f−n1;f+n1]
Marge d'erreur e=n1
🎨 Illustrations
Fluctuation d'échantillonnage
Distribution de la fréquence f pour n=900
Courbe en cloche calculée à partir de l'approximation normale du théorème central limite (écart-type σ=f(1−f)/n≈1,63 point), sur l'exemple du cours : n=900 personnes interrogées, 540 satisfaites, f=0,6. La bande centrale surligne l'intervalle de confiance [f−e;f+e].
1Fréquence observée : f=540/900=0,6, soit 60%.
2Marge d'erreur du cours : e=1/900=1/30≈0,033, soit environ 3,3 points.
3Intervalle de confiance à 95% : [f−e;f+e]=[0,567;0,633], soit [56,7%;63,3%] — la bande foncée du schéma.
Ce qu'il faut lire : La marge e=1/n du cours majore légèrement l'écart-type théorique σ=f(1−f)/n≈1,63 point : elle correspond au pire cas f=0,5 (où σ est maximal), ce qui rend la formule valable quelle que soit la valeur de f.
Distribution approchée de la fréquence observée f autour de la vraie proportion, avec l'intervalle de confiance [f−e;f+e] en évidence.
Le malentendu fondateur
Ce que le « 95 % » veut vraiment dire
Vingt instituts différents sondent la même population, où la vraie proportion vaut 0,60. Chacun interroge n=100 personnes et publie son intervalle de confiance.
Chaque trait est un sondage. La ligne verticale est la vraie proportion — celle que personne ne connaît dans la vraie vie.
1Les vingt segments ont exactement la même longueur, et c'est normal : la marge d'erreur e=1001=0,10 ne dépend que de n, jamais du résultat trouvé.
2Dix-neuf segments traversent la ligne verticale, un seul s'arrête avant. C'est cela, le niveau de confiance de 95% : environ 19 sondages sur 20 atteignent la cible.
3L'institut qui a raté n'a commis aucune faute. Il a appliqué la bonne méthode et il est tombé sur un échantillon malchanceux. Ce risque est annoncé d'avance, il fait partie du contrat.
Ce qu'il faut lire : Le 95% ne qualifie pas l'intervalle que tu as sous les yeux : il qualifie la méthode qui l'a produit. Pour ton sondage à toi, tu ne sauras jamais si tu es dans les dix-neuf ou si tu es le vingtième.
C'est aussi pourquoi il arrive qu'un résultat électoral sorte des marges annoncées. Cela ne prouve pas que les sondeurs ont mal travaillé : c'est le risque annoncé qui s'est réalisé.
Vingt sondages de taille n=100 dans une population où p=0,60 : 19 intervalles contiennent p, un seul la manque.
Le piège du chapitre
Pour diviser l'erreur par deux, il faut quadrupler l'échantillon
Depuis le collège, le modèle par défaut est la proportionnalité : si je double l'effort, je double le résultat.
La marge d'erreur e=n1 casse cette habitude, et la courbe montre exactement à quel point.
1n=100 donne e=1001=0,10, soit 10 points de pourcentage.
2n=400 donne e=4001=0,05. Il a fallu quadrupler l'échantillon pour diviser la marge par 2, et non le doubler.
3n=1600 donne e=16001=0,025. Même conclusion : encore quatre fois plus de personnes pour gagner encore un facteur 2.
Ce qu'il faut lire : Lis la courbe de gauche à droite : elle plonge très vite au début, puis s'aplatit. Les premières centaines de personnes interrogées apportent énormément de précision, les suivantes de moins en moins.
Retiens la règle dans le sens où elle sert : pour gagner un facteur k sur la précision, il faut multiplier n par k2. C'est aussi la raison pour laquelle les sondages publiés s'arrêtent presque tous autour de 1000 personnes : au-delà, chaque point de précision supplémentaire coûte une fortune.
Marge d'erreur e=n1 : 0,10 pour n=100, 0,05 pour n=400, 0,025 pour n=1600.
Deux lettres à ne pas confondre
Ce que tu mesures n'est pas ce que tu cherches
La fréquence f est ce que tu as mesuré sur ton échantillon : tu la connais exactement.
La proportion p est ce que tu cherches dans la population entière : tu ne la connaîtras jamais. Trois instituts sondant la même population trouvent trois f différents, alors qu'il n'y a qu'un seul p.
1Les trois instituts ont travaillé correctement et ont pourtant trouvé 0,55, 0,62 et 0,58. Cette variation porte un nom : la fluctuation d'échantillonnage.
2La ligne verticale, elle, ne bouge pas : la population ne change pas parce qu'on la sonde trois fois.
3Garde les deux lettres séparées toute l'année : f pour ce que tu as mesuré, p pour ce que tu cherches. L'intervalle de confiance est justement le pont entre les deux.
Ce qu'il faut lire : Remarque que l'intervalle de confiance se construit autour de f, puisque p est inconnu : on écrit [f−n1;f+n1].
C'est ce qui rend la phrase « p est forcément dans mon intervalle » impossible à soutenir : tu as centré ton intervalle sur une valeur qui a elle-même fluctué.
Trois fréquences observées 0,55, 0,62 et 0,58 pour une unique proportion p=0,60.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
L'intervalle de confiance ne garantit pas à 100% que p est dedans, seulement à 95%.
✅ La suggestion
De plus, la formule n1 est une approximation valable pour n≥30.
💡 À retenir
La fréquence observée f fluctue autour de la vraie proportion p : c'est la fluctuation d'échantillonnage.
La marge d'erreur e=1/n diminue quand n augmente, mais lentement (il faut multiplier n par 4 pour diviser e par 2).
L'intervalle de confiance ne garantit pas à 100% que p est dedans : il y a 5% de risque d'erreur.
La formule 1/n est une approximation valable pour n≥30.
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