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Géométrie plane

Configurations, triangles, parallélisme

Tu es au pied de la pyramide de Khéops. Quelle est sa hauteur ?

Tu ne peux pas la mesurer : il faudrait grimper dessus en tenant un décamètre, et le sommet est à cent quarante mètres. Aucun instrument posé au sol ne te donnera ce nombre directement.

Thalès, il y a vingt-six siècles, a pourtant trouvé la réponse sans quitter le sable. Il a planté un bâton, mesuré son ombre, mesuré l'ombre de la pyramide, et comparé les deux rapports. Le soleil éclairant les deux objets sous le même angle, la pyramide est à son ombre ce que le bâton est à la sienne.

Quatre longueurs, dont trois mesurables au sol, et la quatrième s'en déduit.

C'est le cœur de ce chapitre : une configuration géométrique permet d'atteindre ce qu'aucune mesure directe ne donne. Tu connais déjà Thalès et Pythagore depuis le collège, et ils n'ont pas changé.

Ce que la seconde ajoute, c'est l'exigence de démontrer : nommer le théorème que tu emploies, vérifier que ses conditions sont bien réunies, puis conclure. Appliquer une formule ne suffit plus — il faut pouvoir dire pourquoi tu as le droit de l'appliquer.

📖 Vocabulaire clé

Théorème de Thalès : Si (MN)∥(BC)(MN) \parallel (BC) dans un triangle ABCABC avec M∈[AB]M \in [AB] et N∈[AC]N \in [AC], alors AMAB=ANAC=MNBC\dfrac{AM}{AB} = \dfrac{AN}{AC} = \dfrac{MN}{BC}.
Médiane : Droite joignant un sommet au milieu du côté opposé. Les trois médianes se coupent au centre de gravité.
Hauteur : Droite passant par un sommet, perpendiculaire au côté opposé. Attention : elle ne passe pas nécessairement par le milieu du côté.
Médiatrice : Droite perpendiculaire à un segment en son milieu. Les trois médiatrices d'un triangle se coupent au centre du cercle circonscrit.

📋 Appliquer le théorème de Thalès

  1. 1 Identifier la configuration : deux droites sécantes et deux droites parallèles coupant ces sécantes. Exemple : Dans le triangle ABCABC, si M∈[AB]M \in [AB] et N∈[AC]N \in [AC] avec (MN)∥(BC)(MN) \parallel (BC), la configuration est valide.
  2. 2 Écrire les rapports égaux : AMAB=ANAC=MNBC\frac{AM}{AB}=\frac{AN}{AC}=\frac{MN}{BC}. Exemple : Si AM=3AM = 3, AB=9AB = 9 → le rapport est 39=13\frac{3}{9} = \frac{1}{3}.
  3. 3 Calculer la longueur inconnue par produit en croix. Exemple : 13=MN12\frac{1}{3} = \frac{MN}{12} → MN=123=4MN = \frac{12}{3} = 4.
  4. 4 Vérifier la cohérence (la longueur partielle est inférieure à la totale). Exemple : MN=4<BC=12MN = 4 < BC = 12 ✓ (le petit triangle est plus petit).

✅ Exemple résolu

Énoncé : Dans un triangle ABCABC, (MN)∥(BC)(MN) \parallel (BC) avec AM=4AM = 4 cm, MB=8MB = 8 cm, AN=3AN = 3 cm. Calculer NCNC et MNMN sachant que BC=15BC = 15 cm.
Démarche :
  1. AB=AM+MB=4+8=12AB = AM + MB = 4 + 8 = 12 cm. Le rapport de réduction est k=AMAB=412=13k = \dfrac{AM}{AB} = \dfrac{4}{12} = \dfrac{1}{3}.
  2. ANAC=13\dfrac{AN}{AC} = \dfrac{1}{3} → AC=3×3=9AC = 3 \times 3 = 9 cm, donc NC=AC−AN=9−3=6NC = AC - AN = 9 - 3 = 6 cm.
  3. MNBC=13\dfrac{MN}{BC} = \dfrac{1}{3} → MN=153=5MN = \dfrac{15}{3} = 5 cm.
Réponse : NC=6NC = 6 cm et MN=5MN = 5 cm.

📐 Formules clés

Thalès : AMAB=ANAC=MNBC\dfrac{AM}{AB}=\dfrac{AN}{AC}=\dfrac{MN}{BC}
Aire triangle : A=base×hauteur2\mathcal{A}=\dfrac{\text{base}\times\text{hauteur}}{2}
Somme des angles d'un triangle : 180°180°

🎨 Illustrations

Configuration de Thalès
Voir le rapport 1/3 entre les deux triangles emboîtés

Le petit triangle AMNAMN et le grand triangle ABCABC partagent le sommet AA. Comme (MN)∥(BC)(MN) \parallel (BC), les longueurs correspondantes sont proportionnelles : AM=4AM = 4, AB=12AB = 12, et MN=5MN = 5, BC=15BC = 15.

Configuration de Thales dans le triangle ABC Triangle ABC avec un petit triangle AMN emboite au sommet A, cote MN parallele au cote BC. AM/AB = AN/AC = MN/BC = 1/3 A M N B C AM = 4 MB = 8 AN = 3 NC = 6 MN = 5 BC = 15
  • 1 Le triangle AMNAMN est emboîté dans le triangle ABCABC : ils partagent le sommet AA, et (MN)(MN) est parallèle à (BC)(BC) — c'est la configuration de Thalès.
  • 2 Les petits chevrons dessinés sur MNMN et sur BCBC indiquent que ces deux segments sont parallèles : c'est la condition indispensable pour appliquer le théorème.
  • 3 Le rapport k=AMAB=412=13k = \dfrac{AM}{AB} = \dfrac{4}{12} = \dfrac{1}{3} se retrouve identique sur les trois paires de côtés : ANAC=39=13\dfrac{AN}{AC} = \dfrac{3}{9} = \dfrac{1}{3} et MNBC=515=13\dfrac{MN}{BC} = \dfrac{5}{15} = \dfrac{1}{3}.
Ce qu'il faut lire : Suivre chaque côté depuis le sommet commun AA : on lit d'abord la petite longueur (AMAM ou ANAN), puis la longueur totale (ABAB ou ACAC).
Triangle ABCABC avec le petit triangle AMNAMN emboîté au sommet AA ; (MN)∥(BC)(MN) \parallel (BC) dans un rapport de 13\dfrac{1}{3}, conformément à l'exemple du cours.
Le piège des agrandissements
Les longueurs sont divisées par deux, les aires par quatre

Réduis un carré de côté 1010 au rapport k=12k = \dfrac{1}{2} : tu obtiens un carré de côté 55. La longueur a bien été divisée par 22.

Mais regarde l'aire. Le grand carré mesure 10×10=10010 \times 10 = 100, le petit 5×5=255 \times 5 = 25. L'aire a été divisée par 4\mathbf{4}, pas par 22.

La figure de gauche te montre pourquoi en un coup d'œil : dans le grand carré, il tient exactement quatre petits carrés. Deux en largeur, deux en hauteur — et 2×2=42 \times 2 = 4. C'est de là que sort le carré du rapport.

Un carre reduit de moitie tient quatre fois dans le grand A gauche, un grand carre de cote dix est partage par une ligne verticale et une ligne horizontale en quatre carres identiques de cote cinq. L'un de ces quatre carres, celui du bas a gauche, est mis en evidence. A droite, sur un dessin de meme echelle et pose sur la meme ligne de base, le meme carre de cote cinq est dessine seul. Les longueurs sont dans le rapport un demi, mais les aires sont dans le rapport un quart, car il faut quatre petits carres pour remplir le grand. cote 10 1 2 3 4 aire 100 cote 5 aire 25 le carre reduit
  • 1 Le rapport des longueurs vaut k=510=12k = \dfrac{5}{10} = \dfrac{1}{2} : chaque côté du petit carré mesure la moitié du côté du grand.
  • 2 Le rapport des aires vaut 25100=14=k2\dfrac{25}{100} = \dfrac{1}{4} = k^2 : il faut quatre petits carrés pour remplir le grand, et les quatre sont numérotés sur la figure.
  • 3 La raison est dans les unités : une longueur se mesure en mètres, une aire en mètres carrés. Si les longueurs sont multipliées par kk, les aires le sont par k2k^2 — et, l'an prochain, les volumes par k3k^3.
  • 4 La règle ne dépend pas de la forme : pour une réduction de rapport k=25k = \dfrac{2}{5}, les aires seront multipliées par (25)2=425\left(\dfrac{2}{5}\right)^2 = \dfrac{4}{25}, que la figure soit un carré, un triangle ou un disque.
Ce qu'il faut lire : Compte les petits carrés à gauche : il y en a 11, 22, 33, 44. Tu viens de fabriquer toi-même le facteur 44, sans appliquer aucune formule.

Retiens le mécanisme plutôt que le résultat : réduire de moitié agit deux fois, une fois en largeur et une fois en hauteur. C'est ce doublement de l'effet qui produit le carré du rapport, et c'est pour cela que ta règle « je multiplie par kk » avait raison à moitié.
Réduction de rapport k=12k = \dfrac{1}{2} : le côté passe de 1010 à 55, mais l'aire passe de 100100 à 2525, soit k2=14k^2 = \dfrac{1}{4}.
Quatre noms, quatre objets
Sur un triangle quelconque, les droites remarquables se séparent

Si tu confonds médiane, hauteur, bissectrice et médiatrice, ce n'est pas ta faute : sur le triangle équilatéral, celui que tout le monde dessine, ces quatre droites sont confondues. Ton expérience visuelle ne les a jamais séparées.

Voici donc un triangle franchement quelconque. Les trois droites issues de AA arrivent sur [BC][BC] à trois endroits différents, et la médiatrice, elle, ne part même pas d'un sommet.

Chaque nom contient ce qui le distingue : la médiane va au milieu, la hauteur tombe perpendiculairement, la bissectrice coupe l'angle en deux, la médiatrice est perpendiculaire à un côté en son milieu.

Les quatre droites remarquables separees Un triangle quelconque ABC dont les cotes mesurent cent, cent soixante et cent cinquante-six. Depuis le sommet A partent trois droites qui rejoignent le cote BC en trois points distincts. La hauteur tombe perpendiculairement sur BC, marquee par un petit carre d'angle droit. La bissectrice coupe l'angle en A en deux parties egales. La mediane rejoint le milieu du cote BC. Une quatrieme droite, la mediatrice du cote AB, ne part d'aucun sommet : elle coupe le cote AB perpendiculairement en son milieu. A B C hauteur bissectrice mediane mediatrice de AB AB = 100 AC = 160 BC = 156
  • 1 La hauteur issue de AA tombe perpendiculairement sur (BC)(BC) : elle forme un angle droit, codé ici par le petit carré. Elle ne vise aucun milieu.
  • 2 La bissectrice issue de AA partage l'angle BAC^\widehat{BAC} en deux angles égaux. Son pied découpe [BC][BC] dans le rapport des côtés : BPPC=ABAC=100160\dfrac{BP}{PC} = \dfrac{AB}{AC} = \dfrac{100}{160}.
  • 3 La médiane issue de AA rejoint le milieu de [BC][BC]. C'est la seule des trois dont le pied soit un milieu, et elle n'a aucune raison d'être perpendiculaire.
  • 4 La médiatrice de [AB][AB] est le seul objet des quatre qui ne parte d'aucun sommet : elle coupe [AB][AB] perpendiculairement en son milieu. Tous ses points sont à égale distance de AA et de BB.
Ce qu'il faut lire : Redessine maintenant ce triangle en équilatéral et refais les quatre tracés : les quatre droites se superposent en une seule. C'est exactement ce qui t'a induit en erreur, et tu peux le constater toi-même en dix secondes.

Le réflexe à prendre : dès qu'un énoncé parle d'une droite remarquable, demande-toi ce qu'elle fait — va-t-elle au milieu, tombe-t-elle à angle droit, coupe-t-elle un angle ? La définition suffit à trancher, et tu n'as plus quatre mots à mémoriser.
Triangle quelconque ABCABC (AB=100AB = 100, AC=160AC = 160, BC=156BC = 156) : hauteur, bissectrice et médiane issues de AA arrivent en trois points distincts de [BC][BC], et la médiatrice de [AB][AB] ne part d'aucun sommet.
La hauteur dépend de la base
Quand le pied de la hauteur sort du triangle

Une hauteur n'existe pas toute seule : elle est toujours relative à une base. Change de base, et tu changes de hauteur.

Les deux triangles ci-dessous ont la même base et la même hauteur, donc exactement la même aire. Mais à droite, le sommet est si décalé que le pied de la hauteur tombe en dehors du triangle. Beaucoup d'élèves refusent alors de la voir comme une hauteur : elle en est pourtant une, et le calcul d'aire ne change pas d'un iota.

Une hauteur dont le pied tombe hors du triangle Deux triangles sont poses sur la meme ligne de base et dessines a la meme echelle. Leurs bases mesurent toutes deux cent trente. A gauche, le sommet est au-dessus de la base et le pied de la hauteur tombe a l'interieur du segment de base. A droite, le sommet est decale vers la gauche et le pied de la hauteur tombe a l'exterieur, au-dela de l'extremite gauche de la base : il faut prolonger la base par un trait en tirets pour l'atteindre. Les deux hauteurs mesurent exactement cent quatre, et les deux aires sont donc egales. h = 104 base = 130 le pied tombe dedans h = 104 base = 130 le pied tombe dehors
  • 1 Les deux bases mesurent 130130 et les deux hauteurs 104104 : les deux triangles ont donc la même aire, 130×1042=6 760\dfrac{130 \times 104}{2} = 6\,760.
  • 2 À droite, l'angle en BB dépasse 90°90° (il vaut environ 108°108°). Le sommet est alors « en arrière » de la base, et le pied de la hauteur sort du segment : c'est le cas du triangle obtusangle.
  • 3 Le trait en tirets est le prolongement de la base. Il ne fait pas partie du triangle, mais la hauteur a bien le droit de le rencontrer : la définition dit « perpendiculaire à la droite (BC)(BC) », pas « au segment [BC][BC] ».
  • 4 Dans les deux cas, la formule est la même : A=base×hauteur2\mathcal{A} = \dfrac{\text{base} \times \text{hauteur}}{2}. Ce qui change est le dessin, jamais le calcul.
Ce qu'il faut lire : Le réflexe à prendre est simple : avant de calculer une aire, dis à voix haute quelle base tu as choisie. La hauteur qui va avec est celle qui part du sommet opposé à cette base, et elle tombe à angle droit — dedans ou dehors, peu importe.

Si tu prends une autre base, tu devras prendre une autre hauteur. Mélanger la base de l'une avec la hauteur de l'autre est l'erreur la plus fréquente sur les aires, et elle donne un résultat qui peut sembler tout à fait raisonnable.
Deux triangles de même base (130130) et de même hauteur (104104), donc de même aire : à droite, le pied de la hauteur tombe hors du triangle.

❌ Une erreur, une suggestion

❌ L'erreur fréquente

Thalès s'applique uniquement si M∈[AB]M\in[AB] et N∈[AC]N\in[AC] ET que (MN)∥(BC)(MN)\parallel(BC).

✅ La suggestion

Vérifier les conditions avant d'écrire les rapports.

💡 À retenir

  • Thalès lie les rapports de longueurs quand une droite est parallèle à un côté du triangle.
  • Le rapport des aires de deux triangles en configuration de Thalès est le carré du rapport de réduction : k2k^2.
  • Quatre droites remarquables : médiane, hauteur, médiatrice, bissectrice — ne pas les confondre.
  • La somme des angles d'un triangle vaut toujours 180°180°.