On te donne trois points dans un repère : A(0;0), B(6;0) et C(2;4).
Place-les, relie-les. Le triangle obtenu te paraît-il isocèle ?
Pose la question autour de toi : les avis seront partagés. Les deux côtés [AC] et [BC] se ressemblent beaucoup, et à l'œil nu personne ne peut trancher honnêtement.
Calcule-les. AC=22+42=20≈4,47, tandis que BC=42+42=32≈5,66. L'écart dépasse le quart de la longueur, et pourtant le dessin ne le montrait pas.
Déplace maintenant C en (3;4) : cette fois AC=BC=5 exactement, et le triangle est réellement isocèle. Le dessin, lui, a à peine changé.
C'est ce que ce chapitre t'apporte : avec les coordonnées, tu peux calculer des longueurs et des milieux, donc démontrer qu'une figure a telle ou telle propriété — sans dépendre de ce que ton dessin laisse croire.
Tu sais placer un point dans un repère depuis la cinquième. Ce qui est nouveau, c'est que le repère devient un outil de preuve et non plus seulement de représentation.
📖 Vocabulaire clé
Repère orthonormé:Système d'axes perpendiculaires (Ox,Oy) avec la même unité sur chaque axe. Chaque point est repéré par (x;y).
Distance:Longueur du segment [AB] : AB=(xB−xA)2+(yB−yA)2, application directe du théorème de Pythagore.
Milieu:Point M situé à égale distance de A et B : M(2xA+xB;2yA+yB).
Géométrie analytique:Méthode qui utilise les coordonnées et le calcul pour prouver des propriétés géométriques (au lieu du raisonnement purement graphique).
📋 Calculer distance et milieu
1Distance AB : d=(xB−xA)2+(yB−yA)2. Exemple :A(1;2), B(4;6) → AB=32+42=25=5.
2Milieu M de [AB] : M(2xA+xB;2yA+yB). Exemple :A(1;2), B(4;6) → M(25;4)=(2,5;4).
3Vérifier en recalculant MA=MB. Exemple :MA=(2,5−1)2+(4−2)2=2,25+4=6,25=2,5 et MB=2,5 ✓.
4Attention aux signes lors des soustractions de coordonnées. Exemple :A(−3;5), B(2;−1) → xB−xA=2−(−3)=5 (pas −1).
✅ Exemple résolu
Énoncé : On donne A(−2;3) et B(4;−1). Calculer AB et les coordonnées du milieu M.
Démarche :
AB=(4−(−2))2+(−1−3)2=62+(−4)2=36+16=52.
52=4×13=213≈7,21.
Milieu : M(2−2+4;23+(−1))=M(1;1).
Réponse :AB=213≈7,21 et M(1;1).
📐 Formules clés
AB=(xB−xA)2+(yB−yA)2
M=(2xA+xB;2yA+yB)
🎨 Illustrations
Repère orthonormé
Voir le triangle des écarts entre deux points
Avec A(−2;3) et B(4;−1), le triangle rectangle formé par Δx et Δy rend visible la formule de la distance AB=Δx2+Δy2 et prépare le calcul du milieu M.
1Le segment horizontal en pointillés mesure Δx=xB−xA=4−(−2)=6 : c'est l'écart entre les deux abscisses.
2Le segment vertical en pointillés mesure Δy=yB−yA=−1−3=−4 : c'est l'écart entre les deux ordonnées (négatif car B est plus bas que A).
3La distance AB est l'hypoténuse de ce triangle rectangle : AB=Δx2+Δy2=62+(−4)2=52=213≈7,21.
Ce qu'il faut lire : Le point M marqué sur [AB] est le milieu : M(2−2+4;23+(−1))=M(1;1), exactement au centre du segment.
Repère orthonormé avec A(−2;3), B(4;−1), le triangle des écarts Δx/Δy et le milieu M(1;1), conformément à l'exemple du cours.
Pourquoi calculer plutôt que regarder
Le dessin hésite, le calcul tranche
Regarde ce triangle et réponds franchement : est-il isocèle en A ? Les deux côtés [AB] et [AC] ont l'air d'avoir la même longueur, et l'œil ne peut pas faire mieux qu'hésiter.
Pourtant AB=5 et AC=26, qui vaut environ 5,099. Ils diffèrent de moins de 2% : à cette échelle, l'écart sur le papier est de deux millimètres à peine. Ce triangle n'est pas isocèle, et aucun dessin au monde ne pouvait te le dire.
C'est exactement la raison d'être de la géométrie analytique : elle te donne un moyen de trancher là où l'œil ne peut que voter.
1Longueur AB : les écarts valent xB−xA=−3−(1)=−4 et yB−yA=−2−(1)=−3, donc AB=(−4)2+(−3)2=16+9=25=5.
2Longueur AC : les écarts valent xC−xA=2−(1)=1 et yC−yA=6−(1)=5, donc AC=12+52=1+25=26≈5,099.
3Conclusion : 25=26, donc AB=AC et le triangle n'est pas isocèle en A. L'écart est de 0,099, soit moins de 2% — c'est pourquoi le dessin ne pouvait rien en dire.
Ce qu'il faut lire : Fais l'expérience honnêtement : prends ta règle et mesure les deux côtés sur la page. Tu trouveras la même chose aux deux, parce que l'écart réel y est de deux millimètres. Puis refais les deux calculs ci-dessus — ils te donnent 25 et 26, et là il n'y a plus de doute possible.
Garde la figure quand même : elle reste utile pour anticiper le résultat et repérer une grosse erreur. Ce qu'elle ne peut pas faire, c'est le démontrer.
Triangle ABC avec A(1;1), B(−3;−2) et C(2;6) : AB=5 et AC=26, deux longueurs que le dessin ne sépare pas.
La question posée à l'envers
Tu connais le milieu et un bout : où est l'autre ?
Jusqu'ici tu calculais le milieu à partir des deux extrémités. Ici on te donne une extrémité A et le milieu M, et on te demande l'autre extrémité B.
C'est la même formule, mais lue dans l'autre sens — et c'est précisément là qu'on divise par 2 alors qu'il faudrait multiplier. La figure te donne le moyen de ne jamais te tromper : M est au milieu, donc le trajet de A à M doit se refaire une seconde fois pour atteindre B.
1De A à M, on avance de xM−xA=3−(−1)=4 et de yM−yA=4−(2)=2. Comme M est le milieu, il reste exactement le même trajet à faire pour atteindre B.
2D'où xB=3+4=7 et yB=4+2=6 : le point cherché est B(7;6).
3La formule directe dit la même chose : xB=2xM−xA=2×3−(−1)=7, et yB=2yM−yA=2×4−2=6. Elle se retient mieux une fois qu'on l'a vue sur le dessin.
4Le contrôle qui te sauve : M doit être entreA et B. Une réponse comme xB=1,5 placerait B du même côté que A, donc M ne serait plus au milieu de rien.
Ce qu'il faut lire : Le trait plein est le trajet que tu connais ; le trait en tirets est le même trajet, refait une seconde fois. Les deux flèches portent la même indication, +4 et +2, et c'est bien pour cela que tu multiplies par 2 au lieu de diviser.
Si tu hésites encore, écris l'égalité en entier avant de calculer : 3=2−1+xB. C'est une équation comme celles que tu résous depuis la quatrième — multiplie les deux membres par 2 et la fraction disparaît.
Retrouver B connaissant A(−1;2) et le milieu M(3;4) : le trajet de A à M se refait à l'identique au-delà de M.
Le milieu qui démontre
Un quadrilatère est un parallélogramme si ses diagonales se coupent en leur milieu
Voici le seul endroit du chapitre où la formule du milieu ne sert pas à calculer, mais à démontrer.
Les quatre points ci-dessous forment-ils un parallélogramme ? Le dessin penche pour oui, mais tu sais maintenant ce que vaut un dessin. La preuve tient en deux calculs de milieu : si les deux diagonales [AC] et [BD] ont le même milieu, alors elles se coupent en leur milieu, et le quadrilatère est un parallélogramme.
1Milieu de la diagonale [AC] : (2−3+4;21+0)=(0,5;0,5).
2Milieu de la diagonale [BD] : (21+0;23+(−2))=(0,5;0,5).
3Les deux milieux sont le même point. Les diagonales se coupent donc en leur milieu, et ABCD est un parallélogramme.
4Attention à l'ordre des lettres : il faut prendre les diagonales, [AC] et [BD], et non deux côtés. Sur un quadrilatère ABCD, les diagonales joignent les sommets qui ne se suivent pas.
Ce qu'il faut lire : Remarque ce que la preuve ne demande pas : aucune longueur, aucun angle, aucun parallélisme à vérifier. Deux moyennes suffisent, et elles tombent sur le même couple de nombres.
Remarque aussi que ce parallélogramme n'est ni un losange ni un rectangle — ses côtés mesurent 20 et 18, ses diagonales 50 et 26. C'est volontaire : la propriété des diagonales vaut pour tous les parallélogrammes, pas seulement pour les jolis.
Quadrilatère ABCD avec A(−3;1), B(1;3), C(4;0) et D(0;−2) : les diagonales [AC] et [BD] ont le même milieu (0,5;0,5).
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
Ne pas confondre AB2=(xB−xA)2+(yB−yA)2 (pas de 2×, c'est la somme de deux carrés).
💡 À retenir
La distance entre deux points est le théorème de Pythagore appliqué aux écarts de coordonnées.
Le milieu a pour coordonnées la moyenne des abscisses et la moyenne des ordonnées.
Le sens de la soustraction n'importe pas grâce au carré : (xA−xB)2=(xB−xA)2.
Pour prouver un triangle isocèle : calculer les trois côtés et comparer les longueurs.
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