Calculer 99×101 de tête, en moins de deux secondes, sans poser l'opération ? C'est possible : 99×101=(100−1)(100+1)=10000−1=9999. Ce raccourci n'est pas un hasard — il repose sur les identités remarquables.
Les trois identités remarquables sont des égalités algébriques vraies pour toutes valeurs de a et b. Elles permettent deux opérations inverses : développer (produit → somme) et factoriser (somme → produit).
Erreur classique à éviter : (a+b)2=a2+b2. Le terme croisé 2ab est souvent oublié : (3+4)2=49=9+16=25.
Pour factoriserx2−k : si k est un carré parfait, appliquer la 3e identité ; sinon, écrire x2−k=(x−k)(x+k).
📖 Vocabulaire clé
Développer:Transformer un produit en somme.
Exemple : (a+b)2 devient a2+2ab+b2. On « ouvre » les parenthèses.
Factoriser:Transformer une somme en produit — l'opération inverse du développement.
Exemple : a2−b2 devient (a+b)(a−b).
Identité remarquable:Égalité algébrique toujours vraie, quelles que soient les valeurs de a et b. Il y en a trois à connaître par cœur en 3e.
Double produit:Le terme 2ab qui apparaît dans (a+b)2=a2+2ab+b2. C'est le terme le plus souvent oublié — source de l'erreur classique (a+b)2=a2+b2.
📋 Les trois identités à retenir
1Identité 1 — Carré d'une somme : (a+b)2=a2+2ab+b2. Exemple :(3+2)2=9+12+4=25 ✓
2Identité 2 — Carré d'une différence : (a−b)2=a2−2ab+b2. Exemple :(7−3)2=49−42+9=16 ✓
3Identité 3 — Produit somme × différence : (a+b)(a−b)=a2−b2. Exemple :101×99=(100+1)(100−1)=10000−1=9999 ✓
✅ Exemple résolu
Énoncé : Développer (3x+2)2.
Démarche :
Identifier a et b : ici a=3x et b=2. On applique la 1re identité : (a+b)2=a2+2ab+b2.
Calculer chaque terme : a2=(3x)2=9x2, 2ab=2×3x×2=12x, b2=22=4.
Assembler : (3x+2)2=9x2+12x+4. On vérifie : pour x=1, (3+2)2=25 et 9+12+4=25 ✓
Réponse :(3x+2)2=9x2+12x+4.
📐 Formules clés
(a+b)2=a2+2ab+b2
(a−b)2=a2−2ab+b2
(a+b)(a−b)=a2−b2
🎨 Illustrations
Preuve géométrique
Le carré (a+b)2 découpé en quatre aires
Chaque partie du carré correspond à un terme de l'identité remarquable : deux carrés et deux rectangles identiques, illustrés ici avec a=3 et b=2 (le même exemple que dans la méthode ci-dessus).
1Le carré de côté (a+b) se découpe en 4 rectangles : un carré a2, un carré b2, et deux rectangles identiques d'aire ab.
2Les deux rectangles ab ont la même aire : c'est exactement le terme 2ab souvent oublié dans (a+b)2=a2+2ab+b2.
3Avec a=3 et b=2 : 9+6+6+4=25, ce qui correspond bien à (3+2)2=52=25.
Ce qu'il faut lire : L'aire totale du grand carré, (a+b)2, est la somme des 4 aires internes : c'est une preuve visuelle de l'identité remarquable.
Découpage géométrique de (a+b)2=a2+2ab+b2, illustré avec a=3 et b=2 (exemple repris de la méthode).
Piège
Ce que coûte le double produit oublié
Écrire (a+b)2=a2+b2 ne revient pas à se tromper d'un peu : avec a=6 et b=4, cette écriture oublie près de la moitié du carré. Les deux rectangles manquants sont visibles à l'œil nu.
1Avec a=6 et b=4 : le carré entier vaut (6+4)2=100, alors que a2+b2=36+16=52.
2Ce qui manque est exactement le double produit : 2ab=2×6×4=48, soit les deux rectangles laissés vides.
348 sur 100, c'est 48% du carré. L'écriture (a+b)2=a2+b2 n'est pas une petite imprécision, elle perd presque la moitié de la surface.
4Le contrôle qui sauve : quand tu connais la valeur des lettres, calcule la parenthèse d'abord. Ici 6+4=10, donc 102=100. Un écart avec ton développement signale l'oubli immédiatement.
Ce qu'il faut lire : Compare les deux figures : elles ont le même cadre et la même échelle, et la seule différence est ce qui est rempli. Les deux zones en tirets sont ce que le double produit apporte.
Le carré (a+b)2 complet à gauche, amputé de son double produit à droite, avec a=6 et b=4.
Pas à pas
Pourquoi a2−b2 devient un rectangle
Retirer un petit carré à un grand laisse une équerre. Cette équerre se découpe en deux morceaux qui se recollent exactement en un rectangle de côtés (a+b) et (a−b) : c'est la troisième identité, vue de ses propres yeux. Illustré avec a=5 et b=2.
1Le grand carré vaut a2=25, le petit b2=4 : l'équerre qui reste a donc une aire de 21.
2La coupe produit une bande de a×(a−b)=5×3=15 et une bande de (a−b)×b=3×2=6. Total : 21, rien ne s'est perdu.
3Recollées, ces deux bandes forment un rectangle de largeur a+b=7 et de hauteur a−b=3, d'aire 7×3=21.
4Ce que la figure démontre : a2−b2=(a+b)(a−b), et ce, sans faire aucun calcul algébrique. L'aire 21 se retrouve aux trois étapes.
Ce qu'il faut lire : Suis l'aire 21 d'une vignette à l'autre : c'est toujours la même surface, simplement redécoupée. La troisième vignette est la forme dont les côtés portent les noms de l'identité.
De a2−b2 à (a+b)(a−b) : l'équerre découpée puis recollée en rectangle, avec a=5 et b=2.
La limite de l'identité
Une différence de carrés se factorise, une somme non
L'identité a2−b2=(a+b)(a−b) marche si bien qu'on l'applique aussi au cas a2+b2, par symétrie. Or rien ne factorise une somme de deux carrés, et il n'existe aucune identité « remarquable » pour elle.
1Dans le cas de la différence, les deux termes croisés −3x et +3x s'annulent : c'est exactement ce qui fait fonctionner l'identité.
2Dans le cas de la somme, les deux termes croisés valent tous les deux +3x et s'ajoutent : il reste 6x, qui n'était pas dans l'expression de départ.
3C'est la raison profonde, et elle tient en une phrase : l'identité 3 ne marche que parce que le signe moins fait disparaître le terme en x.
4À retenir : x2−9 se factorise, x2+9 non. Devant une somme de deux carrés, la bonne réponse est « elle ne se factorise pas », et c'est une réponse complète.
Ce qu'il faut lire : Compare les deux dernières lignes : c'est le même redéveloppement dans les deux cas, et seul le signe change. En haut il annule le terme en x, en bas il le double.
La différence de deux carrés se factorise, la somme de deux carrés ne se factorise pas.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
(a+b)2=a2+b2.
✅ La suggestion
Il ne faut pas oublier le terme 2ab au milieu ! (3+4)2=49=9+16=25.
💡 À retenir
Ne jamais oublier 2ab : (a+b)2=a2+2ab+b2. L'erreur (a+b)2=a2+b2 est la plus fréquente en algèbre.
(a+b)(a−b)=a2−b2 : identité idéale pour le calcul mental (99×101=10000−1) et pour factoriser une différence de deux carrés.
(a+b)2=a2+b2 : vérifier systématiquement avec des nombres simples quand on hésite (par exemple a=3, b=4).
Factoriser : repérer un carré parfait ou une différence de carrés permet de revenir à un produit, utile pour résoudre des équations.
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