Un test de dépistage est annoncé comme « fiable à 99 \% ». Tu le passes, il ressort positif.
Quelle est la probabilité que tu sois réellement malade ?
La réponse qui vient spontanément est 99 \%. Elle est fausse, et de très loin. Prends 10000 personnes, dans une population où la maladie touche une personne sur mille.
Il y a donc 10 malades, dont le test en détecte 10. Et il y a 9990 personnes saines, dont le test se trompe sur 1 \% : cela fait environ 100 personnes saines déclarées positives.
Au total, 110 personnes reçoivent un résultat positif, et seulement 10 d'entre elles sont malades. Ta probabilité d'être malade est donc d'environ 11010, soit moins de 10 \%.
Où était le piège ? Dans le mot « parmi ». Le 99 \% annoncé se lit parmi les malades : presque tous sont détectés. Ce que tu veux savoir, c'est une proportion parmi les testés positifs — une autre sous-population, et donc un autre nombre. Intervertis ces deux lectures, et un médecin se trompe de diagnostic, un jury condamne un innocent.
Un tableau croisé (ou de contingence) sert exactement à démêler cela : il analyse deux caractères d'une même population en même temps et révèle leurs dépendances. La clé est de distinguer deux types de fréquences.
La fréquence globale : effectif de la case / total général — répond à « quelle proportion dans toute la population ? ». La fréquence conditionnelle : effectif / total de la sous-population — répond à « parmi les personnes de type B, quelle proportion est de type A ? ».
Deux caractères sont indépendants si la fréquence conditionnelle est égale à la fréquence globale : connaître l'un ne donne aucune information sur l'autre.
Cette notion est fondamentale en statistique et médecine (tests cliniques, études épidémiologiques).
📖 Vocabulaire clé
Tableau croisé:Tableau à double entrée qui croise deux caractères d'une population. Les lignes représentent un caractère, les colonnes un autre, et chaque case contient un effectif.
Fréquence globale:Proportion d'une case par rapport au total général : f=Nnij. Elle répond à « quelle part de la population totale ? ».
Fréquence conditionnelle:Proportion d'une case par rapport au total d'une sous-population : fA∣B=n(B)n(A∩B). Elle répond à « parmi les B, quelle part est A ? ».
Indépendance:Deux caractères sont indépendants si connaître l'un ne change pas la probabilité de l'autre : P(A∣B)=P(A), soit P(A∩B)=P(A)×P(B).
📋 Méthode en 3 étapes
1Étape 1 : Lire le tableau — les lignes représentent un caractère, les colonnes un autre. Les marges donnent les totaux (lignes et colonnes).
2Étape 2 : Fréquence globale : f=effectif totaleffectif de la case. Question : « Quelle proportion dans TOUTE la population ? »
3Étape 3 : Fréquence conditionnelle : fA∣B=effectif de Beffectif(A∩B). Question : « Parmi les B, quelle proportion est aussi A ? »
✅ Exemple résolu
Énoncé : Dans un collège de 200 élèves, on recense 80 sportifs et 60 musiciens, dont 25 qui pratiquent les deux. Calculer les fréquences globale et conditionnelle de la musique parmi les sportifs.
Démarche :
Fréquence globale des musiciens-sportifs : f=20025=0,125=12,5% de la population totale.
Fréquence conditionnelle de la musique parmi les sportifs : fM∣S=8025=0,3125=31,25%.
Interprétation : dans la population globale, 12,5% font sport ET musique. Mais parmi les sportifs seuls, 31,25% font aussi de la musique — la sous-population de référence change tout.
Représentation du tableau croisé de l'exemple : 80 sportifs, 60 musiciens, dont 25 pratiquent les deux activités, sur un total de 200 élèves du collège.
1Zone commune aux deux cercles : 25 élèves pratiquent à la fois un sport et un instrument — comptés une seule fois même s'ils appartiennent aux deux groupes.
2Zone « Sportifs » seule : 80−25=55 élèves. Zone « Musiciens » seule : 60−25=35 élèves — chaque effectif de départ moins l'intersection commune.
3En dehors des deux cercles : 200−(55+35+25)=85 élèves ne pratiquent ni sport ni musique — c'est la case « Non sportif / Non musicien » du tableau croisé.
Ce qu'il faut lire : Chaque nombre correspond à une case du tableau croisé de l'exemple : les deux cercles se chevauchent pour représenter les 25 élèves comptés dans les deux catégories à la fois. En additionnant les quatre zones (55+35+25+85), on retrouve bien le total de 200 élèves.
Diagramme de Venn équivalent au tableau croisé « Sportifs / Musiciens » (200 élèves, dont 25 dans les deux catégories).
Piège
Une même case, trois dénominateurs, trois réponses
Les 25 élèves qui font du sport et de la musique ne changent pas. Pourtant, selon la population à laquelle tu les compares, tu obtiens 12,5%, 31,3% ou 41,7%. Le nombre du haut ne suffit jamais : c'est celui du bas qui décide.
1Le numérateur est le même partout : ce sont toujours les 25 élèves de la case « sportif et musicien ». C'est le dénominateur qui change, et lui seul.
220025=12,5% répond à « quelle part de tout le collège ? ». C'est une fréquence globale.
38025≈31,3% répond à « parmi les sportifs, quelle part fait aussi de la musique ? ». C'est une fréquence conditionnelle.
46025≈41,7% répond à « parmi les musiciens, quelle part fait aussi du sport ? ». C'est encore une conditionnelle — mais ce n'est pas la même que la précédente, et l'écart entre 31,3 et 41,7 le prouve.
5Le contrôle qui sauve : avant de diviser, relis l'énoncé et souligne le groupe qui suit le mot « parmi ». Ce groupe est ton dénominateur, toujours.
Ce qu'il faut lire : Les trois barres ont la même longueur parce qu'elles représentent chacune la totalité de leur population. La portion remplie, elle, représente toujours les mêmes 25 élèves — et tu vois qu'elle occupe une place de plus en plus grande à mesure que la population de référence rétrécit.
Les 25 élèves à la fois sportifs et musiciens, rapportés successivement aux 200 élèves, aux 80 sportifs puis aux 60 musiciens.
Du tableau à l'arbre
Sur un arbre, le dénominateur est celui de la branche précédente
Le même tableau croisé, redessiné en arbre. L'intérêt n'est pas décoratif : sur un arbre, tu ne choisis plus le dénominateur, tu le lis. Chaque probabilité du second niveau se divise par l'effectif de la branche d'où elle part.
1Au premier niveau, on divise par 200 : 20080=0,4 et 200120=0,6. Ces deux-là s'ajoutent bien pour donner 1.
2Au second niveau, le dénominateur n'est plus 200 : c'est l'effectif de la branche d'où l'on part. En haut on divise par 80, en bas par 120.
3Chaque paire de sous-branches redonne sa branche : 25+55=80, et 35+85=120. Si ce contrôle échoue, une valeur du tableau a été mal reportée.
4Pour revenir à une fréquence globale, on multiplie le long du chemin : 0,4×8025=0,125, et l'on retrouve les 12,5% du schéma précédent.
5C'est là tout l'intérêt de l'arbre : il ne te laisse pas le choix du dénominateur, donc il ne te laisse pas commettre l'erreur.
Ce qu'il faut lire : Lis toujours un arbre de la gauche vers la droite, une branche après l'autre. Pour une probabilité conditionnelle, tu ne regardes qu'une seule sous-branche ; pour une fréquence globale, tu multiplies tout le chemin depuis le départ.
Arbre du tableau croisé « Sportifs / Musiciens » : les dénominateurs du second niveau valent 80 et 120, jamais 200.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
la fréquence conditionnelle dépend de la population de référence (ligne ou colonne).
✅ La suggestion
Nnij et njnij ne donnent pas le même résultat. Toujours préciser « parmi les… ».
💡 À retenir
La fréquence globale divise par le total général N ; la fréquence conditionnelle divise par le total de la sous-population.
Pour l'union : ∣A∪B∣=∣A∣+∣B∣−∣A∩B∣ — ne pas oublier de soustraire l'intersection.
P(A∩B)=P(A∣B)×P(B) — la formule de la probabilité de l'intersection.
Deux caractères sont indépendants si P(A∣B)=P(A) : savoir que quelqu'un est B ne change pas la probabilité d'être A.
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