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Logarithmes & Exponentielles

ln, exp, décibels et cinétiques — comprendre les échelles

🔬 Application physique-chimie : Les fonctions logarithmique et exponentielle apparaissent dès qu'on mesure des niveaux sonores (décibels), des temps de charge/décharge (RC, RL), des réactions chimiques (ordre 1) ou des échangeurs thermiques. Ce sont des outils fondamentaux en physique appliquée.
Les fonctions logarithme et exponentielle sont complémentaires — l'une est l'inverse de l'autre. Elles apparaissent systématiquement lorsqu'une grandeur physique croît ou décroît proportionnellement à elle-même : charge d'un condensateur, désintégration radioactive, refroidissement d'un corps, réaction d'ordre 1 en chimie.

En BTS, vous les rencontrerez principalement sous deux formes : le logarithme décimal (log10\log_{10}) pour les décibels et le pH, et le logarithme naturel (ln\ln) pour les équations différentielles et les cinétiques.

📖 Vocabulaire clé

Rappels fondamentaux : La fonction exponentielle exe^x (ou exp(x)\exp(x)) est définie pour tout réel xx. Sa base e2,718e \approx 2{,}718 est appelée la constante de Neper.

Le logarithme naturel ln(x)\ln(x) est la réciproque de exe^x :
ln(ex)=xeln(x)=x(x>0)\ln(e^x) = x \qquad e^{\ln(x)} = x \qquad (x > 0)

Le logarithme décimal log10(x)\log_{10}(x) (ou simplement log\log) est la réciproque de 10x10^x :
log10(10x)=x10log10(x)=x\log_{10}(10^x) = x \qquad 10^{\log_{10}(x)} = x

Relation entre les deux : ln(x)=log10(x)×ln(10)2,303×log10(x)\ln(x) = \log_{10}(x) \times \ln(10) \approx 2{,}303 \times \log_{10}(x)
Propriétés algébriques (ln et log) : ln(a×b)=lna+lnb\ln(a \times b) = \ln a + \ln b ln(ab)=lnalnb\ln\left(\frac{a}{b}\right) = \ln a - \ln b ln(an)=n×lna\ln(a^n) = n \times \ln a ln(1)=0ln(e)=1\ln(1) = 0 \qquad \ln(e) = 1
Propriétés de l'exponentielle : ea+b=ea×ebeab=eaeb(ea)n=enae^{a+b} = e^a \times e^b \qquad e^{a-b} = \frac{e^a}{e^b} \qquad (e^a)^n = e^{na} e0=1e1=e2,718ex=1exe^0 = 1 \qquad e^1 = e \approx 2{,}718 \qquad e^{-x} = \frac{1}{e^x}
Résoudre une équation avec ln ou exp : Si ex=ke^x = kx=ln(k)x = \ln(k)
Si ln(x)=k\ln(x) = kx=ekx = e^k
Si aebx=ca \cdot e^{bx} = cebx=c/ae^{bx} = c/abx=ln(c/a)bx = \ln(c/a)x=ln(c/a)/bx = \ln(c/a)/b

📋 Applications clés : décibels et constante de temps

  1. 1 Le décibel est une unité logarithmique qui permet d'exprimer des rapports très grands sur une échelle comprimée.
    Niveau de puissance : LP=10×log10(PP0)  dBL_P = 10 \times \log_{10}\left(\dfrac{P}{P_0}\right)\;\text{dB}
    Niveau de pression sonore : Lp=20×log10(pp0)  dBL_p = 20 \times \log_{10}\left(\dfrac{p}{p_0}\right)\;\text{dB}
    (Le facteur 20 vient de Pp2P \propto p^2, donc log(p2/p02)=2log(p/p0)\log(p^2/p_0^2) = 2\log(p/p_0))
  2. 2 Valeurs repères en dB : +3 dB ≈ doubler la puissance — +6 dB ≈ doubler la pression — +10 dB ≈ multiplier par 10 la puissance perçue.
  3. 3 Constante de temps τ — systèmes RC et RL : la charge d'un condensateur suit uC(t)=E(1et/τ)u_C(t) = E\left(1 - e^{-t/\tau}\right) avec τ=RC\tau = RC ; la décharge suit uC(t)=U0et/τu_C(t) = U_0 \cdot e^{-t/\tau}.
    À t=τt = \tau : uC0,632×Eu_C \approx 0{,}632 \times E (63,2% de la valeur finale). À t=5τt = 5\tau : régime permanent (>99%).

✅ Exemple résolu

Énoncé : Quatre applications de la fonction logarithme et de l'exponentielle dans des contextes techniques BTS.
Démarche :
  1. Exemple 1 — Électrotechnique : atténuation en dB

    Un filtre passe-bas atténue le signal d'un facteur 100 en tension. L'atténuation en dB est :
    L=20×log10(100)=20×2=40  dBL = 20 \times \log_{10}(100) = 20 \times 2 = 40\;\text{dB}
    Le signal de sortie est à -40 dB par rapport à l'entrée.
  2. Exemple 2 — Chimie : constante de temps d'une réaction d'ordre 1

    Une réaction de décomposition suit [A](t)=[A]0ekt[A](t) = [A]_0 \cdot e^{-kt} avec k=0,05  min1k = 0{,}05\;\text{min}^{-1}.
    Temps de demi-vie : [A]=[A]0/2ekt1/2=1/2kt1/2=ln2[A] = [A]_0 / 2 \Rightarrow e^{-kt_{1/2}} = 1/2 \Rightarrow -kt_{1/2} = -\ln 2
    t1/2=ln2k=0,6930,05=13,9  mint_{1/2} = \frac{\ln 2}{k} = \frac{0{,}693}{0{,}05} = 13{,}9\;\text{min}
  3. Exemple 3 — Thermique : NTU d'un échangeur

    L'efficacité d'un échangeur à courant croisé suit : ε=1eNTU\varepsilon = 1 - e^{-\text{NTU}} (formule simplifiée).
    Si on souhaite ε=0,8\varepsilon = 0{,}8 :
    0,8=1eNTUeNTU=0,2NTU=ln(0,2)=1,6090{,}8 = 1 - e^{-\text{NTU}} \Rightarrow e^{-\text{NTU}} = 0{,}2 \Rightarrow -\text{NTU} = \ln(0{,}2) = -1{,}609
    NTU=1,61\text{NTU} = 1{,}61
  4. Exemple 4 — Acoustique industrielle : addition de sources sonores

    Deux machines produisent chacune 80 dB. Le niveau combiné n'est pas 160 dB, mais :
    Ltot=10log10(108+108)=10log10(2×108)=10(0,301+8)=83  dBL_{\text{tot}} = 10\log_{10}(10^{8} + 10^{8}) = 10\log_{10}(2 \times 10^{8}) = 10(0{,}301 + 8) = 83\;\text{dB}
    Deux sources identiques ajoutent toujours +3 dB.
Réponse : Le logarithme comprime les très grands rapports en valeurs maniables ; l'exponentielle modélise tout phénomène dont la variation est proportionnelle à la valeur elle-même.

📐 Formules clés

Réciproque ln/exp : elnx=xetln(ex)=xe^{\ln x} = x \quad \text{et} \quad \ln(e^x) = x
Produit → somme : ln(ab)=lna+lnb\ln(ab) = \ln a + \ln b
Quotient → différence : ln(a/b)=lnalnb\ln(a/b) = \ln a - \ln b
Puissance : ln(an)=nlna\ln(a^n) = n\ln a
Décibel (puissance) : L=10log10(P/P0)  dBL = 10\log_{10}(P/P_0)\;\text{dB}
Décibel (pression/tension) : L=20log10(V/V0)  dBL = 20\log_{10}(V/V_0)\;\text{dB}
Charge condensateur : uC(t)=E(1et/τ),τ=RCu_C(t) = E\left(1 - e^{-t/\tau}\right), \quad \tau = RC
Demi-vie : t1/2=ln2k0,693kt_{1/2} = \dfrac{\ln 2}{k} \approx \dfrac{0{,}693}{k}

🎨 Illustrations

Régime transitoire RC
Charge d'un condensateur : la courbe exponentielle et ses repères

La tension u(t)u(t) aux bornes du condensateur tend vers EE sans jamais l'atteindre exactement. Les repères τ\tau, 2τ2\tau et 5τ5\tau situent l'avancement réel de la charge sur cette courbe.

Charge d'un condensateur RC Courbe exponentielle croissante u(t) = E(1 - e^(-t/tau)) avec les reperes tau, 2tau et 5tau marquant 63,2%, 86,5% et 99,3% de la valeur finale E. 63,2 % 86,5 % 99,3 % E (valeur finale) 0 τ 0 t u(t)
  • 1 À t=τt = \tau, la tension a déjà atteint u(τ)=E(1e1)0,632Eu(\tau) = E(1-e^{-1}) \approx 0{,}632\,E, soit 63,2 % de la valeur finale.
  • 2 À t=2τt = 2\tau, u(2τ)=E(1e2)0,865Eu(2\tau) = E(1-e^{-2}) \approx 0{,}865\,E, soit 86,5 % — la progression ralentit nettement.
  • 3 À t=5τt = 5\tau, u(5τ)=E(1e5)0,993Eu(5\tau) = E(1-e^{-5}) \approx 0{,}993\,E, soit 99,3 % : on considère alors le régime permanent atteint.
Ce qu'il faut lire : La courbe se rapproche de EE de plus en plus lentement : chaque intervalle τ\tau supplémentaire ne comble qu'une fraction de l'écart restant, jamais la totalité.
Charge d'un condensateur RC : u(t)=E(1et/τ)u(t) = E\left(1-e^{-t/\tau}\right), avec les repères usuels τ\tau, 2τ2\tau et 5τ5\tau.
Acoustique & électronique — le décibel
Pourquoi +3 dB double la puissance

Le décibel est une échelle logarithmique : il ne mesure pas une grandeur, mais un rapport. C'est pour ça qu'additionner des décibels revient à multiplier des puissances — la propriété log(a×b)=loga+logb\log(a \times b) = \log a + \log b en action.

Echelle des decibels et rapport de puissance correspondant Une reglette horizontale graduee en decibels de 0 a 30. Sous chaque graduation figure le rapport de puissance correspondant : 0 dB pour un rapport 1, 3 dB pour un rapport 2, 10 dB pour un rapport 10, 20 dB pour 100 et 30 dB pour 1000. Une seconde reglette situe des niveaux sonores reels du studio silencieux au marteau piqueur, avec le seuil de risque auditif a 85 decibels. Addition en dB = multiplication en puissance 0 dB 3 dB 10 dB 20 dB 30 dB ×1 ×2 ×10 ×100 ×1000 +3 dB, c'est deux fois plus de puissance Niveaux sonores réels (dB SPL) 0 30 60 85 110 130 seuil chambre bureau marteau-p. douleur 85 dB : seuil de port obligatoire des EPI
  • 1 La définition : L=10log10(PP0)L = 10\log_{10}\left(\dfrac{P}{P_0}\right). Le décibel compare toujours une puissance à une référence P0P_0 — sans référence, un « niveau en dB » ne veut rien dire.
  • 2 +3 dB = ×2 : car 10log10(2)3,0110\log_{10}(2) \approx 3{,}01. Deux machines identiques côte à côte font 3 dB de plus qu'une seule, pas le double de décibels.
  • 3 +10 dB = ×10 : car 10log10(10)=1010\log_{10}(10) = 10. Passer de 60 à 90 dB, ce n'est pas « une fois et demie plus fort », c'est mille fois plus de puissance acoustique.
  • 4 Conséquence réglementaire : le seuil de 85 dB déclenche l'obligation de protection auditive. Le franchir de 3 dB double l'énergie reçue par l'oreille, ce qui divise par deux la durée d'exposition admissible.
Ce qu'il faut lire : Chaque fois que tu vois une unité « en dB » (bruit, gain d'amplificateur, atténuation d'un câble), traduis-la mentalement en facteur multiplicatif : c'est la seule lecture qui a un sens physique.
L'échelle des décibels : équivalence entre addition de décibels et multiplication de puissances, appliquée aux niveaux sonores industriels.
Décroissance exponentielle
La demi-vie : toujours le même temps pour diviser par deux

Une décroissance exponentielle N(t)=N0et/τN(t) = N_0 \cdot e^{-t/\tau} a une propriété contre-intuitive : le temps nécessaire pour diviser la quantité par deux est constant, quel que soit le point de départ.

Decroissance exponentielle et demi-vie constante Une courbe decroissante partant de N zero et tendant vers l'axe horizontal sans le toucher. Des lignes en pointilles montrent qu'apres une demi-vie il reste la moitie, apres deux demi-vies le quart, apres trois demi-vies le huitieme, et que ces trois intervalles de temps ont exactement la meme largeur. N₀ N₀/2 N₀/4 N₀/8 2 t½ 3 t½ t trois intervalles de même durée — chacun divise par 2
  • 1 La demi-vie se calcule avec un logarithme : on cherche tt tel que et/τ=0,5e^{-t/\tau} = 0{,}5, d'où t1/2=τln20,693τt_{1/2} = \tau \cdot \ln 2 \approx 0{,}693\,\tau.
  • 2 Elle ne dépend pas du point de départ : passer de N0N_0 à N0/2N_0/2 prend exactement le même temps que passer de N0/2N_0/2 à N0/4N_0/4. C'est la signature d'une décroissance exponentielle.
  • 3 Zéro n'est jamais atteint : mathématiquement la courbe tend vers l'axe sans le toucher. En pratique, on considère le phénomène terminé après 5τ5\tau (il reste moins de 1 %).
  • 4 Où ça sert en BTS : décharge d'un condensateur, refroidissement d'une pièce, atténuation d'un signal le long d'une fibre, dégradation d'un produit — même équation à chaque fois.
Ce qu'il faut lire : Le réflexe : si un relevé montre que la grandeur est divisée par le même facteur à intervalles de temps égaux, tu tiens une exponentielle — et le logarithme est l'outil qui la linéarise.
Décroissance exponentielle : la demi-vie t1/2=τln2t_{1/2} = \tau \ln 2 est constante, quel que soit le niveau de départ.

❌ Une erreur, une suggestion

L'erreur fréquente

Pièges fréquents

ln\ln vs log\log : sur les calculatrices, "log" est souvent log10\log_{10} et "ln" est le logarithme naturel.

La suggestion

Ne pas les confondre.

ln(a+b)lna+lnb\ln(a + b) \neq \ln a + \ln b : la propriété s'applique au produit, pas à la somme.

ln(0)\ln(0) n'existe pas (domaine = x>0x > 0 strictement).

Additionner des décibels : on ne peut pas additionner des dB directement comme des nombres. Deux sources de 80 dB ne font pas 160 dB mais 83 dB.

Signe de ln\ln : ln(x)<0\ln(x) < 0 si 0<x<10 < x < 1, et ln(x)>0\ln(x) > 0 si x>1x > 1. ln(1)=0\ln(1) = 0.

💡 À retenir

  • ln\ln et exp\exp sont inverses l'une de l'autre : elnx=xe^{\ln x} = x
  • Propriétés : ln(ab)=lna+lnb\ln(ab) = \ln a + \ln bln(a/b)=lnalnb\ln(a/b) = \ln a - \ln bln(an)=nlna\ln(a^n) = n\ln a
  • Décibels : L=10log(P/P0)L = 10\log(P/P_0) pour les puissances, 20log(V/V0)20\log(V/V_0) pour les tensions
  • +3 dB ≈ doubler la puissance — +10 dB ≈ ×10 la puissance perçue
  • Constante de temps : à t=τt = \tau, on atteint 63% de la valeur finale — à 5τ5\tau, régime permanent
  • Demi-vie : t1/2=ln2/k0,693/kt_{1/2} = \ln 2 / k \approx 0{,}693/k

🔬 Application physique-chimie

Où cette notion est-elle utilisée ?
Les fonctions logarithmique et exponentielle apparaissent dès qu'on mesure des niveaux sonores (décibels), des temps de charge/décharge (RC, RL), des réactions chimiques (ordre 1) ou des échangeurs thermiques. Ce sont des outils fondamentaux en physique appliquée.

Mots-clés associés : logarithmeexponentielledécibellnexpconstante de tempsbase 10pHcinétique