Une tasse de café à 80 °C est posée dans une pièce à 20 °C. Elle refroidit. Mais comment exactement ?
Une chose est sûre, et tu peux la constater : le café chaud refroidit vite au début, puis de plus en plus lentement. Au bout d'une heure il est tiède, et il le reste longtemps.
La physique donne la règle exacte de ce refroidissement, et elle est remarquablement simple : plus l'écart avec la pièce est grand, plus la température chute vite. À 80 °C, l'écart vaut 60 degrés et ça chute fort ; à 25 °C, l'écart ne vaut plus que 5 degrés et ça ne bouge presque plus.
Écrivons-le. La vitesse de refroidissement, c'est la dérivée T′(t). L'écart à la pièce, c'est T(t)−20. La règle dit que l'une est proportionnelle à l'autre :
T′(t)=−k(T(t)−20)
Et voilà l'ennui. Tu sais trouver T quand on te donne T′ : tu cherches une primitive. Mais ici, pour calculer T′, il faudrait déjà connaître T — qui est justement ce qu'on cherche. L'inconnue apparaît des deux côtés.
Une égalité de cette forme, où une fonction inconnue est reliée à sa propre dérivée, s'appelle une équation différentielle. Ce n'est pas une équation où l'on cherche un nombre : c'est une équation où l'on cherche une fonction.
Bonne nouvelle : celles de ce chapitre ont toutes la même solution, et c'est une exponentielle. Ce qui va les distinguer les unes des autres, c'est un seul nombre — la constante de tempsτ, qui dit à quelle vitesse le système s'approche de son état final.
📖 Vocabulaire clé
Équation différentielle:Équation reliant une fonction inconnue y(t) à sa dérivée y′(t) (et éventuellement ses dérivées d'ordres supérieurs). L'ordre de l'ED est celui de la plus haute dérivée présente.
Constante de temps τ:Paramètre qui caractérise la rapidité de la réponse du système. À t=τ, la grandeur a atteint 63,2% de sa valeur finale. Le régime permanent est considéré atteint à 5τ.
Régime transitoire:Phase pendant laquelle le système évolue depuis sa condition initiale vers sa valeur d'équilibre. La durée du transitoire est d'environ 5τ.
Régime permanent:État atteint quand le transitoire est terminé : la grandeur ne varie plus (ou de manière négligeable). y(t)≈y∞ pour t≫τ.
📋 Méthode de résolution
1Forme canonique : écrire sous τdtdy+y=y∞ où τ est la constante de temps et y∞ la valeur en régime permanent.
2Solution générale : y(t)=y∞+(y0−y∞)e−t/τ où y0=y(0) est la condition initiale.
Énoncé : Un circuit RC avec R=5 kΩ et C=200 μF est alimenté par un générateur E=12 V. Le condensateur est initialement déchargé. Calculer UC à t=2 s.
Démarche :
Calcul de la constante de temps : τ=RC=5×103×200×10−6=1 s.
Expression de UC(t) : UC(t)=E(1−e−t/τ)=12(1−e−t).
À t=2 s : UC(2)=12(1−e−2)=12(1−0,1353)=12×0,8647.
UC(2)≈10,38 V.
Réponse :UC(2)≈10,38 V. Après 2τ, le condensateur a atteint 86,5% de la tension finale E.
📐 Formules clés
τdtdUC+UC=E (circuit RC en charge)
UC(t)=E(1−e−t/τ) (solution en charge)
τ=R×C (circuit RC)
À t=τ : UC(τ)=E(1−e−1)≈0,632E
🎨 Illustrations
Courbe de charge d'un condensateur
UC(t)=E(1−e−t/τ) avec E=12 V et τ=1 s (exemple du cours)
Tracé point par point de la tension aux bornes du condensateur pendant la charge à travers une résistance, avec le repère caractéristique à τ où 63,2% de la tension finale E est atteinte.
1À t=τ=1 s, UC(τ)=E(1−e−1)≈7,59 V, soit 63,2% de E — c'est la définition même de τ, quel que soit le circuit.
2À t=2 s (l'exemple du cours), UC(2)≈10,38 V, soit 86,5% de E.
3Le régime permanent est atteint conventionnellement à 5τ=5 s, où UC≈11,92 V (99,3% de E) — la courbe ne touche jamais exactement l'asymptote E.
Ce qu'il faut lire : Repère d'abord la ligne pointillée horizontale qui indique E, la valeur finale jamais atteinte exactement. Puis repère le point à τ : il est toujours à 63,2% du chemin parcouru, quel que soit le circuit.
Charge d'un condensateur à travers une résistance : UC(t)=E(1−e−t/τ), avec E=12 V et τ=RC=1 s (mêmes valeurs que l'exemple du cours).
Lire τ sur la courbe
La tangente à l'origine rencontre l'asymptote exactement à t=τ
La constante de temps n'est pas seulement un produit RC à calculer : elle se lit sur n'importe quel relevé expérimental. On trace la tangente au départ, on la prolonge jusqu'à la valeur finale, et l'abscisse du croisement est τ. La propriété est exacte, pas approchée.
1La propriété se démontre en deux lignes. La solution est y(t)=E(1−e−t/τ), donc y′(t)=τEe−t/τ et la pente au départ vaut y′(0)=τE.
2Une droite partant de 0 avec cette pente atteint la hauteur E au bout d'un temps E/τE=τ. Le croisement tombe donc exactement sur τ, quels que soient E et τ : la figure ci-dessus en est un cas particulier, pas une coïncidence.
3C'est la méthode de mesure employée au laboratoire. Sur un relevé d'oscilloscope, on ne connaît ni R, ni C, ni τ : on trace la tangente au départ, on lit l'abscisse du croisement, et l'on tient τ. Autre lecture équivalente, à partir de la même figure : chercher l'instant où la courbe atteint 63,2% de sa valeur finale.
Ce qu'il faut lire : Suis la droite depuis l'origine : elle part avec exactement la même inclinaison que la courbe, puis s'en détache parce que la courbe, elle, ralentit. Le point où la droite rencontre le pointillé horizontal te donne τ. Descends ensuite à la verticale jusqu'à la courbe : tu tombes sur 7,59 V, et non sur 12. Voilà la réponse à la question qu'on pose toujours : τ n'est pas le temps de charge complète. C'est le temps qu'il faudrait si le système gardait sa vitesse de départ — or il ne la garde pas.
Charge avec E=12 V et τ=2 s : la tangente à l'origine coupe l'asymptote en t=2 s, où la courbe n'est qu'à 7,59 V.
Ce que « transitoire » veut dire
Le régime transitoire et ce qui vient après
Le système ne bascule pas d'un état à l'autre : il met un certain temps, et ce temps se mesure en multiples de τ. Dans la zone colorée, la grandeur évolue encore nettement ; au-delà, elle est à moins de 1% de sa valeur finale, et l'on convient qu'elle n'évolue plus.
1Les quatre pourcentages sont les valeurs exactes de 1−e−k : 63,2% pour k=1, 86,5% pour k=2, 95,0% pour k=3 et 99,3% pour k=5. Ils ne dépendent ni de la grandeur étudiée, ni de la valeur de τ — ils sont les mêmes pour tous les systèmes de ce type.
2La convention des 5τ n'est donc pas arbitraire : elle correspond à e−5≈0,007, soit un écart résiduel inférieur à 1%. C'est en général sous la précision de l'appareil de mesure, donc indiscernable de la valeur finale.
3Théoriquement, la valeur finale n'est jamais atteinte : une exponentielle ne s'annule pas. Il y a donc deux réponses à « quand est-ce fini ? » — jamais si l'on est rigoureux, à 5τ si l'on est pratique — et il faut savoir laquelle on donne.
Ce qu'il faut lire : Regarde à quelle vitesse les repères se rapprochent du pointillé horizontal : le premier est encore loin, le deuxième déjà bien plus haut, et à partir du troisième ils sont pratiquement collés. Ne confonds pas τ et la durée du transitoire : τ est l'unité de temps du système, la durée du transitoire en vaut cinq. Un système dont τ vaut une milliseconde a fini en cinq millisecondes ; un système dont τ vaut une heure met cinq heures. Même courbe, seule l'échelle change.
Régime transitoire (les cinq premiers τ) et régime permanent : 63,2 puis 86,5, 95,0 et 99,3 pour cent de la valeur finale.
Ce que décide la condition initiale
Deux départs différents, une seule destination
Les deux courbes sont solutions de la même équation différentielle, avec deux conditions initiales opposées : l'une part de 0, l'autre de 14. Elles convergent pourtant vers la même valeur 8. C'est l'équation qui fixe la destination ; la condition initiale ne choisit que le point de départ.
1Les deux courbes sont y(t)=8+(y0−8)e−t/τ avec y0=0 et y0=14. Seul le coefficient (y0−8) diffère : il vaut −8 pour l'une, +6 pour l'autre, ce qui explique que la première monte et que la seconde descende.
2Le terme e−t/τ tend vers 0 dans les deux cas, donc les deux courbes tendent vers 8. La valeur finale y∞ est écrite dans l'équation ; la condition initiale, elle, n'apparaît que dans le coefficient devant l'exponentielle.
3L'écart entre les deux courbes vaut ∣y0,1−y0,2∣e−t/τ : il décroît exponentiellement, avec la même constante de temps. Au départ il vaut 14 ; après un τ il ne vaut plus que 14e−1≈5,15, soit exactement 36,8% de sa valeur initiale. Deux systèmes identiques oublient donc leur passé à la même vitesse qu'ils rejoignent leur cible.
Ce qu'il faut lire : Suis les deux courbes en même temps, de gauche à droite : elles se rapprochent l'une de l'autre sans jamais se croiser, et finissent par se confondre avec le pointillé. Retiens le partage des rôles : l'équation dit où l'on va, la condition initiale dit d'où l'on part. C'est pourquoi une équation différentielle seule ne suffit pas à décrire un système — il en existe une infinité de solutions, une par point de départ — et pourquoi, à l'inverse, connaître seulement l'état de départ ne te dit rien de l'état final.
Deux solutions de τy′+y=8, avec y(0)=0 et y(0)=14 : deux départs, une destination, et un écart divisé par e à chaque τ.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
Le régime permanent est atteint théoriquement à l'infini.
En pratique, on considère qu'après 5τ, le transitoire est terminé (UC≈0,993E).
Ne pas confondre τ (constante de temps en secondes) et la "durée du transitoire" (5τ).
💡 À retenir
L'équation τy′+y=y∞ a pour solution y(t)=y∞+(y0−y∞)e−t/τ : exponentielle décroissante vers y∞.
La constante de temps τ fixe la rapidité du transitoire : à τ, on est à 63,2% ; à 5τ, à 99,3%.
Dans un circuit RC : τ=RC. Les unités Ω×F=s donnent bien un temps.
Deux cas classiques : charge (UC(0)=0→E) et décharge (UC(0)=E→0). La décharge suit UC(t)=E⋅e−t/τ.
🔬 Application physique-chimie
Où cette notion est-elle utilisée ?
Charge condensateur RC, chute libre avec frottements
Mots-clés associés :Équation différentielleConstante de temps τRégime transitoireCircuit RC
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