On te dit qu'un échantillon radioactif a une demi-vie de 8 jours : tous les 8 jours, il en reste la moitié. Tu pars de 160 mg.
Au bout de 8 jours, il en reste 80. Au bout de 16, il en reste 40. Au bout de 24, 20. Jusque-là, tu n'as besoin de rien de neuf : tu divises par 2 à chaque palier.
Maintenant la vraie question : combien en reste-t-il au bout de 12 jours ?
Douze jours, c'est entre le premier et le deuxième palier. La réponse qui vient naturellement, c'est de couper la poire en deux : entre 80 et 40, on prendrait 60.
Teste cette idée, elle se réfute toute seule. Si l'on « coupe la poire en deux » à chaque fois, alors après 4 jours il resterait 120, puis après 4 jours de plus 80 — d'accord jusqu'ici. Mais recommence avec des pas de 2 jours : 140, 120, 100, 80. Puis avec des pas de 1 jour : tu n'obtiens plus les mêmes nombres intermédiaires. Une réponse qui dépend de la façon dont on découpe le temps ne peut pas être la bonne.
Ce qui est constant ici n'est pas ce qu'on enlève, c'est ce par quoi on multiplie. Chaque jour, la masse est multipliée par un même facteur, légèrement inférieur à 1. Sur 8 jours, ces facteurs s'accumulent jusqu'à donner exactement 21.
Une grandeur qui se multiplie par un facteur constant à chaque instant, cela porte un nom : c'est une exponentielle. Et pour faire le chemin inverse — retrouver la durée à partir de ce qu'il reste — il faudra son miroir, le logarithme.
📖 Vocabulaire clé
Fonction exponentielle:Unique fonction f définie sur R telle que f′=f et f(0)=1. On la note exp ou ex. Elle est strictement positive et strictement croissante sur R.
Logarithme népérien:Fonction réciproque de l'exponentielle, définie sur ]0;+∞[. Pour tout x>0 : ln(x)=y⇔ey=x. Sa dérivée est (lnx)′=x1.
Logarithme décimal:Logarithme en base 10 : log10(x)=ln10lnx. Propriété clé : log10(10n)=n. Utilisé en chimie (pH) et en acoustique (décibels).
Demi-vie (t1/2):Durée au bout de laquelle la moitié d'un échantillon radioactif s'est désintégrée. Reliée à la constante de décroissance par λ=t1/2ln2.
📋 Propriétés essentielles
1Logarithme décimal et pH : log(a×b)=loga+logb ; log(10n)=n ; pH=−log[H3O+].
2Exponentielle naturelle : (ex)′=ex (unique égale à sa dérivée). Propriété : ea+b=ea⋅eb.
3Croissance exponentielle : demi-vie après k périodes : m=m0×(1/2)k ; continu : m(t)=m0e−λt où λ=ln2/t1/2.
✅ Exemple résolu
Énoncé : Le strontium 90 (90Sr) a une demi-vie t1/2=28,8 ans. Un échantillon contient initialement m0=200 mg. Quelle masse reste après 50 ans ?
Démarche :
On calcule la constante de décroissance : λ=t1/2ln2=28,80,693≈0,02407an−1.
On applique la loi de décroissance : m(t)=m0e−λt=200×e−0,02407×50.
On calcule l'exposant : −0,02407×50=−1,2035, donc e−1,2035≈0,3005.
m(50)=200×0,3005≈60,1 mg.
Réponse : Après 50 ans, il reste environ 60,1 mg sur les 200 mg initiaux, soit 30% de l'échantillon.
📐 Formules clés
pH=−log[H3O+]
[H3O+]=10−pH
m(t)=m0(21)t/t1/2=m0e−λt
log(10n)=n ; ln(en)=n
🎨 Illustrations
Décroissance radioactive
m(t)=m0e−λt avec m0=200 mg et t1/2=28,8 ans (strontium 90, exemple du cours)
Tracé point par point de la masse restante de strontium 90 au cours du temps, avec les paliers de demi-vie (t1/2, 2t1/2, 3t1/2) marqués et vérifiés par calcul.
1À chaque demi-vie t1/2=28,8 ans, la masse est divisée par 2 : 200→100→50→25 mg — c'est la définition même de la demi-vie, vérifiée par λ=ln2/t1/2≈0,02407 an−1.
2À t=50 ans (l'exemple du cours, entre 1 et 2 demi-vies), il reste m(50)=200e−λ×50≈60,0 mg, soit environ 30% de la masse initiale.
3La courbe s'aplatit progressivement mais ne touche jamais l'axe m=0 : en théorie, il reste toujours une trace de l'échantillon, aussi petite soit-elle.
Ce qu'il faut lire : Repère d'abord les trois paliers régulièrement espacés dans le temps (une demi-vie à chaque fois) : la masse y est systématiquement divisée par 2, ce qui donne la forme caractéristique en "marches qui s'aplatissent" d'une décroissance exponentielle.
Décroissance radioactive du strontium 90 : m(t)=m0e−λt, avec m0=200 mg et t1/2=28,8 ans (mêmes valeurs que l'exemple du cours).
Ce que « réciproque » veut dire
Deux courbes en miroir de part et d'autre de la première bissectrice
La courbe de ln n'est pas une courbe de plus à retenir : c'est exactement celle de exp, retournée. Chaque point (x;ex) de l'une a pour reflet le point (ex;x) de l'autre, par symétrie autour de la droite y=x. Le repère est orthonormé, sans quoi le miroir ne se verrait pas.
1Les deux courbes sont l'image l'une de l'autre par la symétrie d'axe y=x. Autrement dit, chaque fois que exp passe par (x;y), ln passe par (y;x) : c'est la traduction géométrique exacte de ln(ex)=x.
2Le premier couple marqué le dit en clair : exp passe par (0;1) — puisque e0=1 — et ln passe donc par (1;0), puisque ln1=0. Le second couple, (1;e) et (e;1), dit de même que lne=1.
3La symétrie explique aussi les domaines. L'exponentielle prend toutes les valeurs strictement positives, donc son miroir ne peut être défini que pour des x strictement positifs : ln n'existe pas en 0 ni pour les négatifs, et ce n'est pas une interdiction arbitraire.
Ce qu'il faut lire : Pose une règle le long de la diagonale et regarde la figure en biais : les deux courbes se superposent. Repère ensuite l'axe vertical — l'exponentielle ne le traverse jamais vers le bas, elle reste au-dessus de l'axe horizontal. Par symétrie, le logarithme ne peut donc jamais franchir l'axe vertical vers la gauche. Quand tu écris ln(−3), tu demandes à quelle puissance il faut élever e pour obtenir un nombre négatif : la figure te montre qu'aucune ne convient.
Les courbes de exp et de ln dans un repère orthonormé, symétriques par rapport à la droite y=x.
Ce que « demi-vie » veut dire
Des paliers réguliers dans le temps, une division par deux à chaque fois
Pour l'iode 131, de demi-vie 8 jours, la masse passe de 160 à 80, puis à 40, puis à 20 mg. Les intervalles de temps sont égaux ; les quantités perdues, elles, ne le sont pas du tout : 80 mg lors du premier palier, puis 40, puis 20. Ce qui se répète n'est pas une soustraction, c'est une division.
1Les quatre paliers sont espacés de la même durée, t1/2=8 jours, et à chacun la masse est divisée par 2 : 160→80→40→20→10 mg.
2Les quantités perdues, elles, sont toutes différentes : 80 mg lors du premier palier, puis 40, puis 20, puis 10. Une décroissance exponentielle ne perd pas une quantité fixe par unité de temps — elle perd une proportion fixe.
3C'est pourquoi la courbe s'aplatit sans jamais toucher l'axe : à chaque palier il reste la moitié de ce qu'il y avait, et la moitié d'un nombre strictement positif reste strictement positive. La masse tend vers 0 sans l'atteindre.
Ce qu'il faut lire : Regarde les trois segments à gauche, sur l'axe vertical : ils mesurent ce qui disparaît à chaque palier, et ils rétrécissent de moitié à chaque fois. Puis regarde les intervalles en bas : ils sont tous identiques. Voilà l'erreur à ne pas faire — croire qu'après 12 jours il en reste 60 mg parce que ce serait « à mi-chemin » entre 80 et 40. Ce raisonnement suppose une perte régulière, et la figure te montre qu'il n'y en a pas. La vraie valeur est 160×e−λ×12≈56,6 mg.
Iode 131, t1/2=8 jours : quatre paliers réguliers dans le temps, et une masse divisée par 2 à chacun.
Deux logarithmes, un seul facteur
Le logarithme décimal est le népérien, à une constante près
Les deux courbes ont exactement la même allure, et pour cause : log(x)=ln10lnx. Elles s'annulent au même endroit, en x=1, et l'une est partout 2,303 fois plus haute que l'autre. En x=10, l'écart se lit d'un coup d'œil : ln(10)≈2,30 contre log(10)=1.
1Les deux courbes s'annulent au même point, x=1, parce que ln1=0 et log1=0. Aucun logarithme, quelle que soit sa base, ne peut valoir autre chose que 0 en 1.
2Le rapport entre les deux hauteurs est constant : logxlnx=ln10≈2,303 pour tout x>0. En x=10 on lit 2,30 contre 1 ; en x=100 on lirait 4,61 contre 2 ; le rapport ne bouge pas.
3C'est pourquoi les deux fonctions ne sont pas interchangeables mais se convertissent : log(x)=ln10lnx. Le pH et les décibels emploient le logarithme décimal, parce qu'une unité y doit correspondre à un facteur 10 exactement ; les équations différentielles emploient le népérien, parce que c'est lui dont la dérivée vaut x1.
Ce qu'il faut lire : Choisis n'importe quelle abscisse et compare les deux hauteurs : la courbe du haut est toujours un peu plus de deux fois plus haute que celle du bas, et ce rapport ne change pas d'un bout à l'autre de la figure. C'est le signe d'un simple facteur multiplicatif, pas de deux fonctions différentes. La conséquence pratique est directe : si tu écris ln(10−4)=−4, tu confonds les deux courbes. Le bon résultat est −4×2,303≈−9,21 ; c'est log(10−4) qui vaut −4.
Logarithme népérien et logarithme décimal sur [0,3;30] : mêmes zéros, et un rapport constant ln10≈2,303.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
Ne confonds pas log (logarithme base 10) et ln (logarithme naturel, base e).
En chimie, le pH utilise le log base 10.
✅ La suggestion
Dans les équations différentielles de la radioactivité, on utilise ln.
Relation : log(x)=ln(x)/ln(10)≈ln(x)/2,303.
💡 À retenir
ex est l'unique fonction égale à sa propre dérivée, strictement positive, avec e0=1 et ea+b=ea⋅eb.
ln et exp sont réciproques : ln(ex)=x et elnx=x. Ne jamais confondre ln (base e) et log (base 10).
La décroissance radioactive suit m(t)=m0e−λt avec λ=ln2/t1/2 — après k demi-vies, il reste m0/2k.
Le pH utilise le logarithme DÉCIMAL : pH=−log10[H3O+]. Une unité de pH = un facteur 10 sur la concentration.
🔬 Application physique-chimie
Où cette notion est-elle utilisée ?
pH = −log[H₃O⁺], décroissance radioactive, décibels