🔬 Application physique-chimie : Échelle des décibels en acoustique, pH en chimie, magnitude sismique (échelle de Richter)
Un séisme de magnitude 3 ne se sent presque pas. Un séisme de magnitude 9 rase une région entière. Entre les deux, l'énergie libérée est multipliée par environ un milliard.
Voilà l'énigme : comment une graduation qui va simplement de 1 à 9 peut-elle décrire des phénomènes dont les énergies s'étalent sur neuf ordres de grandeur ?
Le même tour de force se retrouve ailleurs. Le pH va de 0 à 14, alors que les concentrations en ions qu'il mesure vont de 1 à 0,00000000000001 mol/L. Les décibels vont de 0 à 130, alors que les intensités sonores correspondantes varient d'un facteur 10000000000000.
Ces trois échelles font toutes la même chose : elles transforment une multiplication en addition. Sur l'échelle de Richter, passer de 3 à 4, c'est ajouter 1 à la magnitude — mais multiplier l'énergie par environ 32. Ajouter encore 1, c'est multiplier encore par 32. Deux pas d'échelle, un facteur mille.
Une fonction qui change les produits en sommes, c'est une propriété très particulière, et très rare. Essaie de l'obtenir avec ce que tu connais : ab ne donne pas a+b, (ab)2 ne donne pas a2+b2. Aucune fonction usuelle ne fait ça.
Il en existe pourtant une, et c'est le logarithme. Sa propriété fondatrice tient en une ligne — ln(ab)=lna+lnb — et c'est elle qui rend possibles les trois échelles ci-dessus.
Attention toutefois : elle vaut pour les produits, et seulement pour eux. Ce chapitre va te montrer d'où elle vient, ce qu'elle permet de calculer, et pourquoi ln(a+b), lui, ne se simplifie jamais.
📖 Vocabulaire clé
Logarithme népérien ln:Fonction réciproque de exp, définie sur ]0;+∞[. ln(1)=0, ln(e)=1. C'est la seule primitive de x1 s'annulant en 1.
Croissances comparées:En +∞ : limx→+∞xαlnx=0 pour tout α>0. Le logarithme croît infiniment plus lentement que toute puissance positive.
Équation ln(x)=k:Cette équation a une unique solution x=ek pour tout k∈R. Plus généralement, ln(f(x))=k⇔f(x)=ek (avec f(x)>0).
Dérivée logarithmique:(lnu)′=uu′ pour u>0. Technique utile pour dériver des produits complexes en prenant le logarithme des deux côtés.
📋 Utiliser les propriétés de ln
1Somme de ln : ln(ab)=lna+lnb pour a,b>0.
2Différence de ln : ln(ba)=lna−lnb.
3Puissance et ln : ln(an)=nlna.
4Dérivée de ln : (lnx)′=x1 ; généralement (lnu)′=uu′.
✅ Exemple résolu
Énoncé : Résoudre l'équation ln(2x−1)+ln(x)=ln(3) dans R.
Démarche :
Conditions d'existence : 2x−1>0 et x>0, donc x>21.
On utilise lna+lnb=ln(ab) : ln(x(2x−1))=ln(3).
Par injectivité de ln : x(2x−1)=3, soit 2x2−x−3=0.
Discriminant : Δ=1+24=25, donc x=41±5.
x1=46=23=1,5 ou x2=4−4=−1 (rejeté car x>0,5).
Réponse :S={23}. Vérification : ln(2)+ln(1,5)=ln(3) ✓ car 2×1,5=3.
📐 Formules clés
ln(ab)=lna+lnb
ln(a/b)=lna−lnb
(lnx)′=x1
limx→+∞xlnx=0 (croissances comparées)
🎨 Illustrations
Croissances comparées
ln(x) contre x : qui domine à l'infini ?
Les deux courbes sont calculées point par point de x=0,2 à x=25. Le logarithme reste toujours en dessous de la racine carrée, et l'écart entre les deux se creuse continuellement — la traduction graphique de limx→+∞xlnx=0.
1En x=1 : ln(1)=0 tandis que 1=1 — la racine carrée est déjà au-dessus.
2En x=4 : ln(4)≈1,39 contre 4=2 — l'écart reste modeste.
3En x=25 : ln(25)≈3,22 contre 25=5 — l'écart a presque doublé, alors que x a été multiplié par 6,25.
Ce qu'il faut lire : Suis les deux courbes de gauche à droite : la courbe pointillée (x) s'échappe vers le haut, tandis que la courbe pleine (lnx) progresse à peine — c'est la traduction graphique de la croissance comparée limx→+∞xlnx=0.
Comparaison des courbes de ln(x) et x sur [0,2;25], points calculés analytiquement.
Le piège du chapitre
Ce que vaut vraiment ln(2+3)
Sur la courbe de ln, on lit ln2≈0,69 et ln3≈1,10. Leur somme vaut 1,79 — et cette hauteur se retrouve bien sur la courbe, mais en x=6, pas en x=5. Le 6 n'est pas 2+3 : c'est 2×3.
1Les deux hauteurs mesurées sur la courbe valent ln2≈0,693 et ln3≈1,099. Leur somme vaut 1,792.
2Cette somme se retrouve exactement sur la courbe, mais en x=6 : ln6≈1,792. Et 6=2×3, pas 2+3. C'est la propriété ln(ab)=lna+lnb, lue sur le dessin.
3En x=5, la courbe vaut ln5≈1,609 : une autre valeur, plus basse. Écrire ln(2+3)=ln2+ln3 revient donc à confondre deux points distincts de la courbe, et l'écart entre eux est visible à l'œil nu.
Ce qu'il faut lire : Empile mentalement les deux petits segments verticaux, celui de ln2 et celui de ln3, l'un au-dessus de l'autre : la hauteur totale est marquée par le trait horizontal en pointillé. Suis ce trait vers la droite jusqu'à ce qu'il touche la courbe — tu arrives en 6. Recommence avec ln3 et ln4 : tu arriveras en 12, jamais en 7. Le logarithme transforme les produits en sommes, et rien d'autre. Pour ln(a+b), il n'existe tout simplement aucune simplification.
Sur la courbe de ln : ln2+ln3=ln6≈1,79, alors que ln5≈1,61.
À quoi sert un logarithme
Des facteurs dix qui deviennent des pas réguliers
En haut, les concentrations en ions H3O+ : chaque cran divise par 10, et les nombres deviennent vite illisibles. En bas, le pH correspondant : chaque cran ajoute 1. Les deux règles sont rigoureusement alignées — et le passage de l'une à l'autre, c'est le logarithme.
1Les sept repères sont régulièrement espacés sur les deux règles, et alignés verticalement deux à deux. Pourtant celle du haut divise par 10 à chaque cran, tandis que celle du bas ajoute 1.
2La conversion s'écrit pH=−log[H3O+]. Elle est exacte à chaque repère : −log(10−4)=4, et ainsi de suite. Il n'y a aucune approximation dans cette figure.
3C'est la raison d'être des échelles logarithmiques. Sans elles, il faudrait une règle un million de fois plus longue pour ranger 0,1 et 10−7 à la même échelle. Avec elles, tout tient sur sept crans — et l'échelle de Richter, celle des décibels, ou celle des magnitudes stellaires reposent exactement sur le même principe.
Ce qu'il faut lire : Choisis deux repères, par exemple le premier et le quatrième. En bas, tu comptes 3 crans d'écart : 4−1=3. En haut, tu ne dois surtout pas soustraire — tu dois diviser : 10−40,1=1000, c'est-à-dire 103. Trois crans en bas, un facteur mille en haut. Retiens la règle de lecture : une différence en bas correspond toujours à un rapport en haut. C'est pourquoi une solution de pH 3 n'est pas « un peu plus acide » qu'une solution de pH 5 : elle l'est cent fois plus.
Concentration en ions H3O+ et pH : sept crans régulièrement espacés, un facteur 10 en haut, un pas de 1 en bas.
Pourquoi rejeter une racine
Une solution qui sort du domaine de définition
L'équation ln(x)+ln(x−3)=ln(10) conduit à x2−3x−10=0, dont les racines sont 5 et −2. Seule la première convient, et la figure dit pourquoi : dans la zone grisée, aucune des deux courbes n'existe.
1La somme ln(x)+ln(x−3) n'a de sens que si les deux logarithmes existent, c'est-à-dire si x>0 ET x−3>0. La condition la plus forte l'emporte : le domaine est ]3;+∞[.
2Les deux racines du polynôme sont 5 et −2, et l'on vérifie que 5 convient : ln5+ln2=ln10, puisque 5×2=10. La figure marque ce couple de hauteurs sur les deux courbes.
3La racine −2, elle, tombe en pleine zone grisée. Ce n'est pas qu'elle « ne marche pas » : c'est que l'expression ln(−2)+ln(−5) n'existe pas du tout. Le polynôme, lui, ne sait rien de cela — il a été obtenu APRÈS qu'on a supprimé les logarithmes, et cette suppression a effacé la contrainte.
Ce qu'il faut lire : Regarde où commencent les deux courbes : la première juste après 0, la seconde juste après 3. À gauche de 3, il manque toujours au moins l'une des deux, donc la somme ne veut rien dire. Retiens le geste : chercher le domaine AVANT de calculer, pas après. Si tu le détermines d'abord, tu écris x>3 en première ligne, et la racine −2 se rejette d'elle-même en une seconde. Si tu le cherches à la fin, tu as déjà oublié pourquoi tu la rejettes, et tu finiras par garder les deux.
Domaine de ln(x)+ln(x−3) : l'intervalle ]3;+∞[, où seule la racine 5 se trouve.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
ln(a+b)=lna+lnb : la formule s'applique au produit, pas à la somme !
Contre-exemple : ln(1+1)=ln2≈0,693 mais ln1+ln1=0+0=0.
💡 À retenir
ln est la réciproque de exp : ln(ex)=x et elnx=x (pour x>0). ln(1)=0, ln(e)=1.
Règles algébriques : ln(ab)=lna+lnb, ln(a/b)=lna−lnb, ln(an)=nlna. JAMAIS pour la somme : ln(a+b)=lna+lnb.
Croissances comparées : lnx croît plus lentement que toute puissance xα (α>0). Utile pour les limites de la forme xnlnx.
Pour résoudre ln(f(x))=k : vérifier les conditions d'existence (f(x)>0), puis f(x)=ek.
🔬 Application physique-chimie
Où cette notion est-elle utilisée ?
Échelle des décibels en acoustique, pH en chimie, magnitude sismique (échelle de Richter)