🔬 Application physique-chimie : Répartition gaussienne des erreurs de mesure, durée de vie de composants, contrôle qualité industriel
Un train passe à un horaire aléatoire, quelque part entre 8 h et 9 h — aucune minute n'est plus probable qu'une autre. Quelle est la probabilité qu'il passe exactement à 8 h 30 ?
Essaie avec ce que tu sais. En probabilités, tu comptes les cas favorables et tu divises par le nombre de cas possibles. Un cas favorable, donc : 8 h 30.
Mais combien de cas possibles ? 60, si tu comptes les minutes. 3600, si tu comptes les secondes. Et si tu comptes les dixièmes de seconde, 36000. Le nombre de cas possibles dépend entièrement de la précision que tu choisis — et rien dans l'énoncé ne la fixe.
Pire : rien ne t'oblige à t'arrêter. Entre deux instants, si proches soient-ils, il en existe toujours une infinité d'autres. Le dénombrement ne s'applique pas, et il n'y a aucun moyen de le sauver.
Il faut donc changer complètement d'outil. L'idée qui fonctionne est inattendue : on abandonne l'idée de mesurer un instant, et on ne mesure plus que des durées. On saura dire la probabilité que le train passe entre 8 h 20 et 8 h 40 — elle vaut un tiers — sans jamais pouvoir dire celle d'un horaire exact.
Et l'objet qui porte cette mesure est une aire. On trace une courbe, et la probabilité d'un intervalle devient la surface au-dessus de cet intervalle. C'est tout le chapitre, et c'est aussi sa difficulté : la hauteur de la courbe ne sera jamais une probabilité, seule l'aire en est une.
Quant à 8 h 30 exactement : une durée nulle donne une aire nulle. La probabilité est donc 0 — ce qui ne veut pas dire que c'est impossible, puisque le train passe bien à un instant précis.
📖 Vocabulaire clé
Variable aléatoire continue:Variable X pouvant prendre toute valeur dans un intervalle. Sa loi est définie par une fonction de densitéf telle que P(a≤X≤b)=∫abf(x)dx.
Loi normale N(μ;σ2):Loi continue symétrique en cloche autour de μ (espérance), d'écart-type σ. C'est la loi la plus importante en statistique : par le théorème central limite, la moyenne de nombreuses mesures suit approximativement une loi normale.
Loi uniforme sur [a;b]:Toutes les valeurs dans [a;b] sont équiprobables. Densité constante f(x)=b−a1. Espérance E(X)=2a+b, variance V(X)=12(b−a)2.
Centrage-réduction:La transformation Z=σX−μ ramène toute loi N(μ;σ2) à la loi N(0;1). On peut alors utiliser les tables ou la calculatrice.
📋 Utiliser la loi normale
1Paramètres fondamentaux : μ (espérance/moyenne) et σ (écart-type).
2Centrage-réduction : Z=σX−μ∼N(0;1).
3Règle des 3σ : P(μ−3σ≤X≤μ+3σ)≈0,997.
4Règle des 2σ : P(μ−2σ≤X≤μ+2σ)≈0,954.
✅ Exemple résolu
Énoncé : La durée de vie d'une ampoule LED suit une loi normale N(20000;20002) (en heures). Quelle est la probabilité qu'une ampoule dure entre 16000 et 24000 heures ?
Démarche :
On identifie μ=20000 et σ=2000.
16000=20000−2×2000=μ−2σ.
24000=20000+2×2000=μ+2σ.
Par la règle des 2σ : P(μ−2σ≤X≤μ+2σ)≈0,954.
Réponse :P(16000≤X≤24000)≈0,954 soit 95,4%. Environ 95 ampoules sur 100 durent entre 16000 et 24000 h.
📐 Formules clés
P(μ−σ≤X≤μ+σ)≈0,683
P(μ−2σ≤X≤μ+2σ)≈0,954
P(μ−3σ≤X≤μ+3σ)≈0,997
Loi uniforme sur [a;b] : E(X)=2a+b, f(x)=b−a1
🎨 Illustrations
Courbe de Gauss
Durée de vie d'une LED : N(20000;20002)
Courbe de densité f(x)=σ2π1e−2σ2(x−μ)2 calculée point par point pour μ=20000 h et σ=2000 h (l'exemple ci-dessus) : les trois bandes montrent où se concentrent 68,3%, 95,4% et 99,7% des ampoules.
1Bande la plus foncée : [18000;22000] h =[μ−σ;μ+σ], soit 68,3% des ampoules.
2Bande intermédiaire : [16000;24000] h =[μ−2σ;μ+2σ], soit 95,4% — c'est l'exemple traité ci-dessus.
3Bande la plus large : [14000;26000] h =[μ−3σ;μ+3σ], soit 99,7% des ampoules.
Ce qu'il faut lire : La hauteur de la courbe en chaque point x est la vraie valeur de la densité f(x), calculée formule en main — pas une cloche dessinée approximativement. Plus une durée de vie s'éloigne de μ=20000 h, plus elle devient improbable.
Courbe de densité de N(20000;20002) (durée de vie en heures) avec la règle 68-95-99,7%.
Le point à comprendre
La probabilité est une aire, pas une hauteur
Un train passe à un horaire uniformément réparti sur une heure. La courbe de densité est plate : sa hauteur vaut 0,1 partout, et cette hauteur n'est la probabilité de rien. Ce qui est une probabilité, c'est l'aire — ici le rectangle hachuré, dont on peut vérifier la valeur de tête.
1La densité vaut f(x)=10−01=0,1 sur [0;10], et 0 ailleurs. C'est une hauteur, et une hauteur n'est pas une probabilité — la preuve, elle pourrait très bien dépasser 1 si l'intervalle était plus court.
2Le rectangle hachuré a pour largeur 6−2=4 et pour hauteur 0,1 : son aire vaut 4×0,1=0,4. Et P(2≤X≤6)=0,4 exactement. L'aire est la probabilité.
3L'aire totale sous la densité vaut 10×0,1=1, ce qui n'est pas un hasard : c'est la probabilité que la variable prenne une valeur quelconque, donc la certitude. Toute densité vérifie cette condition.
Ce qu'il faut lire : Vérifie l'aire toi-même : c'est un rectangle, tu n'as besoin d'aucune intégrale. Largeur 4, hauteur 0,1, donc 0,4. Et retiens le contraste que montre cette figure : la hauteur est la même sur tout l'intervalle, alors que la probabilité, elle, change avec la largeur qu'on prend. Chaque fois que tu liras une courbe de densité, la question à te poser sera donc « quelle aire ? » et jamais « quelle hauteur ? ».
Densité uniforme sur [0;10] : la hauteur vaut 0,1 partout, et l'aire hachurée 0,4 est la probabilité P(2≤X≤6).
Pourquoi une valeur exacte est de probabilité nulle
Une largeur qui disparaît emporte l'aire avec elle
Trois fois la même densité, et trois intervalles de plus en plus étroits autour de 5. L'aire passe de 0,2 à 0,02 puis à 0,002. En resserrant jusqu'au point unique, il ne reste plus rien : c'est pourquoi P(X=5)=0.
1Les trois vignettes portent la même densité uniforme, de hauteur 0,1, à la même échelle. Seule la largeur de la bande change.
2Les aires valent 0,2 puis 0,02 puis 0,002 : chaque fois qu'on divise la largeur par dix, l'aire est divisée par dix. Rien ne s'oppose à continuer.
3À la limite, la largeur est nulle et l'aire aussi : P(X=5)=0. Ce n'est pas une convention commode, c'est la conséquence directe du fait que la probabilité est une aire.
Ce qu'il faut lire : Attention à ne pas conclure trop vite : une probabilité nulle ne signifie pas que l'événement est impossible. Le train passe bien à un instant précis, et cet instant avait pourtant une probabilité nulle d'être choisi. C'est déroutant, et c'est propre au continu — en probabilités discrètes, seule l'impossibilité donne zéro. Une conséquence pratique à retenir : puisque les points isolés ne pèsent rien, les inégalités strictes et larges donnent la même chose, et P(X≤5)=P(X<5).
La même densité uniforme, avec des bandes de largeur 2 ; 0,2 ; 0,02 autour de 5 : les aires valent 0,2 ; 0,02 ; 0,002 et tendent vers 0.
La règle des sigma
Les trois nombres à retenir sont trois aires
Les valeurs 68,3%, 95,4% et 99,7% ne sont pas trois nombres à apprendre par cœur : ce sont les aires découpées sous la cloche par 1, 2 et 3 écarts-types autour de la moyenne. La figure hachure la première.
1La courbe est tracée point par point à partir de la densité f(z)=2π1e−z2/2, pas dessinée de mémoire. Son aire totale vaut 1, vérifiée par intégration numérique.
2L'aire hachurée entre −1σ et +1σ vaut 0,682689, soit les 68,3% annoncés. Entre −2σ et +2σ elle vaut 0,954500, et entre −3σ et +3σ, 0,997300.
3Ces trois nombres ne dépendent ni de μni de σ : ils valent la même chose pour des durées de vie d'ampoules, des tailles d'adultes ou des erreurs de mesure. C'est ce qui en fait une règle utilisable partout.
Ce qu'il faut lire : Regarde comme la cloche s'écrase vite en s'éloignant du centre : au-delà de 3σ, il ne reste que 0,3% de l'aire, répartie sur les deux côtés. Et voilà le piège à éviter : pour une seule queue, il faut encore diviser par deux. La probabilité de dépasser μ+2σ n'est pas 1−0,954=0,046, mais la moitié, soit 0,023. Chaque fois que tu ne regardes qu'un seul côté, la symétrie de la cloche te fait diviser par deux.
Densité de la loi normale centrée réduite : l'aire entre −σ et +σ vaut 0,683, entre −2σ et +2σ0,954, entre −3σ et +3σ0,997.
❌ Une erreur, une suggestion
❌ L'erreur fréquente
La loi normale est symétrique autour de μ.
✅ La suggestion
Ne pas oublier de centrer-réduire avant de lire dans une table. P(X≤μ)=0,5.
💡 À retenir
Loi continue : P(X=a)=0 toujours. On calcule des probabilités sur des intervalles : P(a≤X≤b)= aire sous la courbe de densité.
Loi normale N(μ;σ2) : symétrique autour de μ, P(X≤μ)=0,5. Les règles 1σ / 2σ / 3σ donnent 68,3% / 95,4% / 99,7%.
Pour P(X≤μ−kσ) ou P(X≥μ+kσ), diviser la queue par 2 grâce à la symétrie.
Loi uniforme sur [a;b] : P(c≤X≤d)=b−ad−c (proportionnel à la longueur de l'intervalle).
🔬 Application physique-chimie
Où cette notion est-elle utilisée ?
Répartition gaussienne des erreurs de mesure, durée de vie de composants, contrôle qualité industriel