Suites — compléments
Récurrence, limites, raisonnement par récurrence
Voici une affirmation : est un nombre premier pour tout entier .
Vérifie-la. Pour tu obtiens , premier. Pour , , premier. Pour , . Pour , . Continue : , , , , ... tous premiers.
Tu peux vérifier jusqu'à : quarante cas de suite, tous premiers. À ce stade, qui douterait encore ?
Pourtant, pour , l'expression vaut . Elle n'est pas première. L'affirmation était fausse.
Voilà le problème que ce chapitre résout. Vérifier une propriété sur mille cas ne dit rien du cas suivant, et une infinité de cas ne se vérifient pas un par un — il n'y a pas assez de temps dans l'univers.
Il faut donc une méthode qui prouve une infinité d'affirmations en un nombre fini de lignes. Elle existe, et elle repose sur une idée qui ressemble à une file de dominos : si tu établis que le premier tombe, et que chacun fait tomber le suivant, alors ils tombent tous — sans que tu aies à les regarder un par un.
C'est le raisonnement par récurrence, et il te faudra les deux moitiés. Tu verras plus loin ce qui arrive quand on en oublie une.
📖 Vocabulaire clé
📋 Raisonnement par récurrence
- 1 Initialisation : vérifier la propriété pour le rang de départ (souvent ou ).
- 2 Hérédité : supposer la propriété vraie au rang et montrer qu'elle est vraie au rang .
- 3 Conclusion : par le principe de récurrence, la propriété est vraie pour tout .
- 4 Monotonie des suites : étudier le signe de .
✅ Exemple résolu
- On cherche le point fixe : .
- On pose . Alors .
- est géométrique de raison et de premier terme .
- , donc .
- Comme : , donc .
📐 Formules clés
🎨 Illustrations
Reprise de l'exemple du cours : . On trace la courbe de , la droite , puis le chemin en escalier qui relie chaque terme au suivant. Les marches rétrécissent à vue d'œil : c'est la convergence vers .
- 1 On part de sur la droite . On monte (ou descend) verticalement jusqu'à la courbe de : ça donne .
- 2 On se déplace horizontalement jusqu'à la droite : le point obtenu a pour abscisse , prêt pour l'itération suivante.
- 3 Les marches de l'escalier rétrécissent à chaque itération : , , La suite se rapproche du point fixe , intersection de et de la courbe de .
Sur les deux rangées, les dominos sont identiques et également espacés : chacun est assez proche du suivant pour le renverser. C'est l'hérédité, et elle est vraie dans les deux cas. Ce qui change, c'est qu'en haut on a poussé le premier.
- 1 Les deux rangées ont exactement le même espacement : unités entre deux dominos larges de . L'hérédité — « chaque domino peut renverser le suivant » — est donc vraie en haut comme en bas.
- 2 En haut, quelqu'un a poussé le domino de rang zéro : c'est l'initialisation. La chute se propage de proche en proche, et les sept tombent.
- 3 En bas, personne n'a poussé. Rien ne tombe, et rien ne tombera jamais — alors que la propriété de transmission est intacte. L'hérédité seule ne prouve rien.
Ces deux suites partent du même premier terme . La seule différence est la raison : d'un côté, de l'autre. Au rang , l'une vaut et l'autre — un rapport de plus de cinquante.
- 1 En bâtons : , qui vaut puis ; ; ; ; ; . Comme , la suite converge vers — et elle ne l'atteint jamais.
- 2 En courbe : , qui vaut puis ; ; ; ; ; . Comme , la suite diverge vers .
- 3 Le seuil est exactement , et il ne dépend pas du premier terme. Une suite de raison finit par tendre vers même en partant d'un milliard ; une suite de raison finit par exploser même en partant d'un millionième.
Ces deux suites ont le même point fixe , et pourtant elles n'y vont pas du tout de la même manière. À gauche l'escalier monte régulièrement d'un seul côté ; à droite il tourne en spirale autour du point. Résoudre ne permet pas de le deviner.
- 1 À gauche : , de point fixe . Partie de , la suite monte en marches de plus en plus courtes et reste toujours en dessous de : elle est croissante et majorée.
- 2 À droite : , de point fixe — le même. Partie de , elle passe alternativement au-dessus puis au-dessous de : elle n'est ni croissante ni décroissante.
- 3 Le signe de la pente décide de la forme. Une pente positive donne un escalier monotone ; une pente négative donne une spirale. Et dans les deux cas, la convergence n'est assurée que parce que .
❌ Une erreur, une suggestion
L'hérédité suppose la propriété au rang (hypothèse de récurrence) : elle ne se démontre pas, elle s'utilise !
Ne pas confondre "supposer" et "montrer".
L'objectif de l'hérédité est de prouver en utilisant comme hypothèse.
💡 À retenir
- Récurrence = initialisation + hérédité. Les deux étapes sont indispensables.
- Suite croissante et majorée → converge. Suite décroissante et minorée → converge. Théorème de la limite monotone.
- Si converge vers , alors (point fixe). Utiliser la suite auxiliaire pour obtenir une suite géométrique.
- , , , diverge.